Le marché automobile tunisien est en pleine mutation. Alors que le marché officiel est en hausse, le parallèle explose et la rumeur des ‘600 000 voitures’ persiste, il est nécessaire de clarifier la situation.
2025-2026 s’annoncent comme des années charnières, avec un gouvernement qui veut réorganiser le secteur, des concessionnaires qui réclament de la visibilité, et des familles qui bénéficient enfin d’un avantage fiscal inédit.

Importations en Tunisie : le vrai débat derrière les “600 000 voitures/an”
L’affirmation “600 000 voitures arrivent chaque année en Tunisie” ne tient pas la route.
Les données officielles montrent un marché réel de 80 000 à 100 000 véhicules/an, loin des chiffres annoncés publiquement.
Pourquoi ce chiffre ne peut pas être vrai
- Les ventes officielles 2025 (janv–oct) : 77 112 véhicules.
- Projection annuelle : ~90 000 à 100 000 véhicules.
- Les quotas d’importation fixés par l’État : 55 000 véhicules en 2025.
- Même en ajoutant le FCR, les réimmatriculations et le marché parallèle : impossible d’approcher 600 000.
Un tel volume correspondrait à un pays comme le Maroc, pas à la Tunisie.
Résultat : le chiffre est probablement, mal interprété ou gonflé.
Marché Automobile 2025 : croissance solide, mais déséquilibrée
Selon la Chambre nationale des concessionnaires et constructeurs automobiles de l’UTICA :
Les ventes globales
- 77 112 véhicules ont été vendus entre janvier et octobre 2025.
- 64 842 véhicules ont été vendus en 2024, soit une augmentation de 18,9 %.
Le marché repart, soutenu par :
- Une demande refoulée depuis 2022-2023,
- La reprise des importations,
- L’effet prix sur certaines gammes.
Marché officiel : progression maîtrisée
Les concessionnaires agréés ont vendu :
- 52 371 véhicules
- Contre 46 436 sur la même période en 2024, soit une hausse de 12,7 %.
Le secteur organisé reste majoritaire mais perd lentement du terrain.
Marché parallèle : croissance explosive
Le parallèle atteint désormais 28 % de parts de marché.
Ventes 2025 :
- 24 741 véhicules
- Comparé à 18 406 véhicules en 2024, cela représente une augmentation de 34,4 %.
Cette croissance est principalement portée par :
- Le régime FCR ré-immatriculé,
- La suppression de la clause d’incessibilité depuis 2023,
- Une demande pour les voitures d’occasion récentes, plus abordables.
Les marques européennes dominent ce segment, avec une marque française en tête (3 648 unités, +53 %).
Segments dominants : Asie en force, utilitaires en hausse
- Les marques asiatiques occupent 4 des 5 premières places dans les voitures légères.
- Le marché utilitaire affiche :
- 38 679 ventes
- Comparé à 34 284 véhicules, cela représente une hausse de 12,8 %.
La montée de l’Asie confirme une tendance mondiale : fiabilité, prix serrés, disponibilité rapide.
Les voitures populaires : demande forte, offre limitée
- 7 863 voitures populaires vendues (janv–oct 2025)
- Comparé à 5 212 véhicules en 2024.
Une marque chinoise domine avec 1 969 ventes.
Prix : 28 935 à 34 876 dinars.
Un plafond dépassé
Les concessionnaires demandent d’élever le plafond à 40 000 dinars, faute de quoi plusieurs modèles sortent du marché.
Nouveaux avantages fiscaux : un vrai changement pour les familles
L’article 55 du PLF 2026 adopte un avantage fiscal accordé une seule fois dans la vie.
Conditions principales
- 10 % de taxe pour les moteurs essence d’une cylindrée inférieure ou égale à 1 400 cm³
- 10 % de taxe pour les moteurs diesel d’une cylindrée inférieure ou égale à 1 700 cm³
- 7 % de TVA applicable sur le véhicule
- Exonération totale pour les véhicules électriques, hybrides et de fabrication tunisienne
- Véhicule âgé de 8 ans maximum
- Revenu du bénéficiaire inférieur ou égal à 10 fois le SMIG (14 fois pour les couples)
- Interdiction de revente du véhicule pendant 5 ans
Objectif : élargir l’accès aux véhicules neufs ou récents et assainir le marché.
Quotas d’importation : le vrai goulot d’étranglement
Les concessionnaires tirent la sonnette :
- Quota 2024 : 46 000 voitures
- Quota 2025 : 55 000
- Demande réelle estimée : 60 000 à 80 000/an
Ils réclament un quota sur 3 ans, pas 6 mois ou 12 mois, pour planifier la production avec les constructeurs.
Vers une transition électrique encore timide
La Chambre recommande :
- d’accélérer l’ouverture au véhicule électrique et hybride,
- de mettre en place une stratégie nationale de recharge,
- d’adapter la fiscalité pour attirer les modèles asiatiques, européens et chinois.
Un marché en croissance, mais mal structuré
Les points clés
- Le marché tunisien repart vraiment.
- Le parallèle progresse trop vite.
- Les chiffres officiels manquent de transparence.
- La demande du public est là, mais limitée par les prix et les quotas.
- L’affirmation “600 000 voitures/an” relève plus du buzz que de l’économie.
La Tunisie a un marché de 80 000 à 100 000 véhicules/an, pas plus.
Le reste, c’est de la confusion ou de la communication politique.
Conclusion : un marché qui cherche enfin à se moderniser
Le secteur automobile tunisien sort d’une décennie de blocages : sur-taxation, domination du parallèle, manque de visibilité.
Les nouvelles mesures fiscales et la croissance 2025 montrent qu’il peut repartir à condition que l’État clarifie les règles du jeu.
La Tunisie doit-elle libéraliser totalement l’importation de voitures ou renforcer le contrôle pour assainir le marché ?