
La Tunisie n’est toujours pas entrée dans l’ère de la voiture électrique. Entre janvier et octobre 2025, seuls 398 véhicules électriques ont été vendus dans le pays, selon la Chambre nationale des concessionnaires. Un chiffre faible, surtout comparé à l’explosion mondiale du segment. La réalité est simple : l’électrique reste un marché de niche, freiné par des prix impossibles, une infrastructure quasi absente et les mesures qui n’arrivent pas à suivre le rythme.
398 véhicules vendus : un chiffre qui résume tout
Sur les dix premiers mois de 2025, les Tunisiens ont acheté ~77 000 voitures neuves.
Les voitures électriques ? 398 unités.
Soit quelques fractions de pour cent du marché.
Même les estimations plus larges — environ 570 véhicules en circulation fin avril, ou ~800 sur l’année selon d’autres sources — ne changent rien : le marché reste anecdotique.
Ce chiffre dit une chose : la transition électrique n’a pas commencé en Tunisie. Pas encore.
Les causes : prix trop élevés, infrastructures absentes, incitations faibles
Un prix d’achat totalement déconnecté du pouvoir d’achat
- Modèles “abordables” : 80 000–90 000 dinars.
- Modèles premium : 300 000+ dinars.
Avec un revenu moyen tunisien, l’équation économique ne passe pas. L’acheteur fait vite son calcul : une thermique ou une hybride reste plus accessible et moins risquée.
Une infrastructure de recharge quasi inexistante
Le pays manque de bornes publiques.
Pourquoi ?
Parce que le cahier des charges pour les jeunes entrepreneurs est toujours bloqué.
Résultat : même si tu achètes une électrique, tu ne sais pas où la recharger en dehors de ton domicile.
Dans un pays où les déplacements sont imprévisibles, l’électrique devient un pari — pas un choix logique.
Qui vend vraiment de l’électrique en Tunisie ?
Top des ventes 2025 (janvier–octobre) :
- Marque chinoise : 153 unités
- Marque suédoise : 72 unités
- Marque allemande : 61 unités
- Autres :
- Allemande : 27
- Chinoise : 23
- Italienne : 1 seule voiture vendue
Le marché est minuscule et dominé par les marques chinoises, les seules capables d’offrir des prix (relativement) compétitifs.
Ce que les chiffres ne disent pas (mais qu’il faut comprendre)
Le marché parallèle brouille les statistiques
La Tunisie importe beaucoup de véhicules hors réseau officiel.
Donc oui, des véhicules électriques circulent sans apparaître dans les chiffres.
Mais non, cela ne change pas la tendance : même avec le parallèle, on reste très loin d’un marché dynamique.
Vendre ≠ utiliser
Une voiture électrique, ce n’est pas juste un achat.
C’est un usage quotidien dépendant de bornes fiables.
Aujourd’hui, les conditions d’usage ne sont pas réunies.
Tunisie vs Maroc, Égypte, Algérie : le contraste est violent
Le Maroc : la fusée
En 2025, le Maroc dépasse 5 300 ventes de voitures électriques.
Pourquoi cette avance ?
- Production locale (constructeurs internationaux + chaîne de valeur).
- Politique industrielle cohérente.
- Infrastructure en expansion rapide.
Là-bas, acheter une véhicule électrique n’est plus un pari. C’est logique.
Égypte / Algérie : même problématique que la Tunisie
- Égypte : moins de 1 % des ventes.
- Algérie : industrie annoncée mais marché quasi inexistant.
La Tunisie se situe dans cette zone grise : intéressée, mais pas prête.
Ce que 398 ventes révèlent vraiment
- Le marché tunisien n’est pas en transition : il teste l’électrique, timidement.
- Ce sont surtout des ménages aisés, passionnés ou très convaincus qui achètent.
- Les volumes montrent un marché embryonnaire, pas un début d’essor.
- Sans choc (subventions, bornes, industrie), rien ne changera avant 2027–2028.
Que faut-il pour relancer le marché ?
Pour relancer le marché, il faut un vrai choc : des subventions directes pour réduire le prix d’achat, comme le font déjà le Maroc, la Chine ou l’Europe ; un plan national de recharge avec des bornes dans les grandes villes, les parkings, les stations-service et les axes rapides ; et enfin une stratégie industrielle capable d’assembler ou de produire localement afin de faire chuter les coûts. Sans ces trois leviers combinés, la voiture électrique restera un produit de niche, inaccessible et marginal.
Conclusion
Les 398 ventes de 2025 ne sont pas un signe de progrès.
Elles montrent un marché en panne, ralenti par des obstacles évidents et une stratégie nationale encore trop timide.
Le jour où la Tunisie décidera de faire de la mobilité électrique un vrai chantier industriel, les chiffres parleront autrement.
Pour l’instant, on en est loin.