Refai Amal

Les lumières s’éteignent, le silence s’installe, les cœurs s’emballent. Les regards, grands ouverts, tentent de percer l’obscurité. Dans cette attente chargée d’émotion, surgit une silhouette puissante qui appelle à se lever en glorification de Dieu. Ainsi commence La « Ziara », sous les applaudissements et l’enthousiasme d’un public fidèle, comme si c’était la première fois.

Présentée les 2 et 3 Août 2025 dans le cadre de la 37 édition du Festival International de Nabeul, la Ziara a conquis, une fois de plus, les cœurs et les âmes. Devant une affluence dépassant la capacité du théâtre de plein air Moncef Kort Nabeul (1000 places), les organisateurs ont accordé deux représentations afin de répondre à la forte demande.  

Un souffle d’âme dans la pierre :

La Ziara n’est pas un simple spectacle : c’est une expérience sensorielle et émotionnelle unique. Sur scène, des performeurs dansent, chantent, glorifient, tandis que les voix des chanteurs s’élèvent dans des mélodies mystiques, rythmées par les percussions et les battements des cœurs. LE public, littéralement transporté, vibre au son des hymnes comme « Rakeb Al Hamra » ou encore « Naghara ». Chaque interaction entre la scène et la salle devient un moment de communication. Il suffit qu’un artiste appelle à se lever, à chanter ou à danser, pour que l’assemblée réponde à l’unisson, avec une ferveur rare.

Un spectacle qui est devenu une tradition

À Nabeul, Ziara a franchi les frontières du simple rendez-vous artistique. Elle est désormais perçue comme une tradition annuelle incontournable. Pour beaucoup, elle revêt la même symbolique que les fêtés religieuses ou culturelles. Un contrat implicite lie le public à l’équipe artistique : d’un côté, un contenu authentique, exigeant, respectueux de l’intelligence des spectateurs ; de l’autre, une fidélité indéfectible et un engagement sincère.

Le Festival International de Nabeul joue ici le rôle d’intermédiaire privilégié, permettant à ce lien immatériel de s’exprimer pleinement, entre scène et gradins, à travers les regards, les gestes et les silences émus.

Sami Lajmi, le créateur de Ziara souligne que le théâtre de Nabeul est l’un des rares à offrir cette proximité essentielle entre artistes et public. Contrairement à d’autres scènes aux structures rigides, où les interprètes peinent à percevoir les réactions, ici, chaque regard compte. Selon lui, cette connexion directe est déterminante pour la qualité de la prestation.

Dans une déclaration récente, Lajmi n’a pas manqué de saluer le public de Nabeul, qu’il qualifie de sincère et transparent.

Un parcours né de l’adversité

L’histoire de La Zyara débute en 2013, lors du Festival International de Carthage. Le contexte politique tendu avait limité la première représentation à moins de 1000 spectateurs, malgré les 7000 places disponibles. Pourtant, c’est dans cette atmosphère incertaine qu’est née une œuvre majeure de la scène tunisienne, mêlant esthétique, spiritualité et virtuosité.

Depuis, La Zyara a su traverser les crises avec résilience : qu’il s’agisse de difficultés logistiques ou de la pandémie de Covid-19, chaque obstacle fut une occasion de se réinventer. Pour Sami Lajmi et son équipe, ces épreuves ont toujours été sources de réflexion et d’amélioration.

Douze ans plus tard, le secret de cette longévité réside peut-être dans cette volonté constante d’évoluer, sans jamais trahir l’essence du projet : une rencontre humaine, sincère, sacrée.

By Amal