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  • De Nabeul à la NASA, un parcours tunisien au cœur de l’exploration spatiale

    Il y a des parcours qui dépassent largement les frontières d’un pays. Celui de Mehdi Benna, scientifique tunisien spécialisé dans les sciences planétaires, en fait partie.

    Originaire de Tunisie et présenté dans la presse scientifique tunisienne comme étant originaire de Nabeul, Mehdi Benna a construit, depuis l’École Nationale d’Ingénieurs de Tunis (ENIT), une carrière qui l’a conduit jusqu’au Goddard Space Flight Center de la NASA, aux États-Unis.

    Aujourd’hui, il est Senior Planetary Research Scientist au sein du NASA Goddard Space Flight Center, dans le cadre de son affiliation avec l’University of Maryland Baltimore County (UMBC). Ses travaux portent notamment sur les atmosphères et exosphères planétaires, la physique des plasmas et les magnétosphères.

    Mais parmi les épisodes les plus remarquables de son parcours figure une découverte qui a permis de confirmer, pour la première fois, la présence de néon dans l’atmosphère extrêmement ténue de la Lune.

    Quand la NASA découvre du néon autour de la Lune

    Pendant des décennies, les scientifiques avaient émis l’hypothèse que du néon pouvait être présent autour de la Lune.

    Mais une hypothèse scientifique n’est pas une preuve.

    Il faudra attendre la mission LADEE — Lunar Atmosphere and Dust Environment Explorer de la NASA pour obtenir une confirmation.

    Lancée en septembre 2013, LADEE avait pour objectif d’étudier en détail l’environnement lunaire, notamment la composition de la très mince enveloppe gazeuse entourant la Lune.

    À bord de la sonde se trouvait le Neutral Mass Spectrometer (NMS), un instrument capable d’identifier et de mesurer différents gaz présents dans l’exosphère lunaire.

    Mehdi Benna faisait partie de l’équipe scientifique du NMS en tant que co-investigateur et instrument scientist.

    Les données recueillies par LADEE ont finalement permis de confirmer la présence du néon.

    En août 2015, la NASA annonçait officiellement que LADEE avait détecté du néon dans l’atmosphère lunaire pour la première fois. Mehdi Benna était le principal auteur de l’étude scientifique publiée dans Geophysical Research Letters.

    Une atmosphère… mais pas comme celle de la Terre

    Parler de « l’atmosphère lunaire » peut être trompeur.

    La Lune ne possède pas une atmosphère comparable à celle de la Terre. Son enveloppe gazeuse est extrêmement ténue et est techniquement appelée une exosphère.

    Selon la NASA, elle est environ 100 000 milliards de fois moins dense que l’atmosphère terrestre au niveau de la mer.

    Dans cet environnement presque vide, les atomes se rencontrent très rarement.

    C’est précisément cette particularité qui rend l’étude de l’exosphère lunaire aussi importante pour comprendre l’environnement spatial et préparer les futures missions humaines.

    Néon, hélium et argon : les trois gaz révélés par LADEE

    Les observations réalisées grâce au spectromètre NMS ont montré que l’exosphère lunaire est principalement composée de hélium, de néon et d’argon.

    Mais leur présence n’est pas constante.

    Les quantités de ces gaz varient notamment selon le moment de la journée lunaire. La NASA a ainsi observé des variations temporelles importantes dans leur abondance.

    Le néon provient principalement du vent solaire, ce flux de particules provenant du Soleil qui bombarde en permanence la surface lunaire.

    L’hélium et l’argon peuvent également avoir des sources lunaires.

    Les travaux de l’équipe ont notamment permis de mettre en évidence que l’argon-40 pouvait être produit par la désintégration radioactive du potassium-40 présent dans les roches lunaires.

    Une découverte qui va bien au-delà du néon

    La mission LADEE n’a pas seulement permis de confirmer l’existence du néon.

    Les mesures réalisées ont apporté de nouvelles informations sur la manière dont les gaz arrivent dans l’exosphère lunaire et sur la façon dont ils sont ensuite perdus dans l’espace.

    Les scientifiques ont notamment découvert qu’environ 20 % de l’hélium présent dans l’exosphère lunaire pourrait provenir de la Lune elle-même, probablement à la suite de la désintégration radioactive du thorium et de l’uranium présents dans les roches lunaires.

    La mission a également permis d’observer des variations de l’argon au cours du temps ainsi qu’une concentration locale inhabituelle au-dessus de régions de la Lune riches en potassium-40.

    Ces observations ont obligé les scientifiques à revoir certains modèles utilisés pour décrire l’exosphère lunaire.

    De l’ENIT à la NASA

    Avant de travailler sur ces grandes missions spatiales, Mehdi Benna a suivi une formation d’ingénieur en Tunisie.

    Il obtient en 1999 son diplôme d’ingénieur en génie électrique à l’ENIT.

    En 2000, il décroche un master en télécommunications radio à l’Université de Tunis.

    Il poursuit ensuite ses études en France et obtient en 2002 un doctorat en sciences spatiales et planétaires à l’Université de Toulouse.

    Il travaille ensuite au CNRS avant de rejoindre le NASA Goddard Space Flight Center comme chercheur postdoctoral en 2003.

    Depuis 2006, il poursuit sa carrière comme Senior Planetary Research Scientist au sein du NASA Goddard Space Flight Center.

    Un itinéraire qui commence à Tunis et se poursuit dans l’un des centres de recherche spatiale les plus importants du monde.

    Mars, la Lune et les grandes missions spatiales

    LEMS n’est d’ailleurs qu’un chapitre de son parcours.

    La fiche officielle de Mehdi Benna à la NASA mentionne sa participation à de nombreux instruments et missions spatiales, notamment ROSETTA-CONSERT, MSL-SAM, LADEE-NMS, MAVEN-NGIMS, CLPS-SEAL et LEMS.

    Il a notamment travaillé sur MAVEN, mission consacrée à l’étude de l’atmosphère de Mars et de son interaction avec l’environnement spatial.

    Ses travaux scientifiques concernent les atmosphères et exosphères planétaires, les magnétosphères, la physique des plasmas, les comètes et les petits corps du système solaire.

    La NASA indique qu’il est auteur ou co-auteur de plus de 100 publications scientifiques évaluées par les pairs et qu’il a participé à plus de 200 communications ou présentations lors de conférences internationales.

    Un autre défi : écouter les tremblements de la Lune

    Après avoir contribué à mieux comprendre les gaz qui entourent la Lune, Mehdi Benna s’attaque à une autre question fondamentale : comment la Lune bouge-t-elle ?

    Il dirige aujourd’hui le projet LEMS-A3 — Lunar Environment Monitoring Station, dont il est le Principal Investigator.

    L’idée est ambitieuse : installer sur la Lune une station sismologique compacte, autonome et capable de fonctionner pendant une longue période afin d’étudier l’activité sismique dans la région du pôle Sud lunaire.

    Selon la NASA, l’objectif de fonctionnement est de l’ordre de deux ans, avec une surveillance continue, de jour comme de nuit.

    Le projet remonte à 2018. Mehdi Benna avait alors identifié la nécessité de développer un instrument capable de résister aux conditions extrêmement difficiles de la surface lunaire et de mesurer l’activité géophysique sur une longue durée.

    Il décrit l’idée comme une sorte de « bouée lunaire », capable de rester opérationnelle sur la surface de la Lune.

    Pourquoi le pôle Sud de la Lune ?

    Le pôle Sud lunaire constitue aujourd’hui l’un des territoires les plus convoités de l’exploration spatiale.

    Cette région présente des caractéristiques particulières et pourrait notamment abriter de la glace d’eau dans des zones constamment ou presque constamment plongées dans l’ombre.

    Pour les futures missions humaines, mieux connaître la géologie, l’environnement et l’activité sismique de cette région sera essentiel.

    C’est précisément là que LEMS pourrait jouer un rôle majeur.

    En mesurant les vibrations et les mouvements du sol lunaire, l’instrument pourrait aider les scientifiques à mieux comprendre la structure interne de la Lune et son évolution.

    Une carrière récompensée par la NASA

    Le parcours de Mehdi Benna a également été reconnu par plusieurs distinctions.

    Il a reçu en 2014 la NASA Exceptional Achievement in Engineering Medal.

    En 2026, son parcours scientifique a également été récompensé par l’UMBC Research Faculty Excellence Award. La NASA mentionne aussi parmi ses distinctions le NASA RHG Center’s Director Award obtenu en 2025 ainsi que plusieurs NASA Group Achievement Awards liés notamment aux missions MAVEN, MSL et MESSENGER.

    Une fierté tunisienne au cœur de la conquête spatiale

    L’histoire de Mehdi Benna est remarquable par la diversité de ses contributions.

    Un ingénieur formé à Tunis.

    Un scientifique formé à Toulouse.

    Un chercheur devenu spécialiste des atmosphères et exosphères planétaires.

    Un scientifique ayant contribué à révéler la présence du néon autour de la Lune.

    Un acteur de plusieurs missions consacrées à Mars, à la Lune, à Mercure et aux comètes.

    Et aujourd’hui, le responsable scientifique d’un projet destiné à surveiller l’activité sismique de la région du pôle Sud lunaire.

    La NASA ne cesse d’explorer les frontières de notre système solaire. Et parmi ceux qui participent à cette aventure figure un scientifique dont le parcours a commencé en Tunisie.

    De Nabeul à la Lune, Mehdi Benna incarne une génération de Tunisiens qui ont choisi de repousser les frontières du possible.