Réunis lors d’une conférence organisée par Med.tn, des experts maghrébins ont plaidé pour une approche transfrontalière afin de réduire l’impact sanitaire et économique du tabac.
À l’initiative de Med.tn, plateforme médicale de référence en Tunisie et en Afrique du Nord, des spécialistes de la santé publique, cardiologues, pneumologues et experts en prévention venus de Tunisie, d’Algérie et de Libye se sont réunis lors d’une table ronde consacrée à la lutte contre le tabagisme.
Bien plus qu’un simple outil de prise de rendez-vous médicaux ou de téléconsultation, Med.tn s’est imposée comme un acteur majeur de la sensibilisation sanitaire dans la région. À travers ses conférences et ses espaces d’échange, la plateforme contribue à rapprocher les professionnels de santé des citoyens tout en favorisant la diffusion d’informations médicales fiables.
Cette rencontre scientifique avait pour objectif d’identifier les meilleures stratégies de prévention du tabagisme dans un contexte maghrébin marqué par des réalités sociales, économiques et culturelles similaires.
Des chiffres alarmants
Les données présentées lors des échanges témoignent de l’ampleur du problème dans la région.
Selon les experts, près de 50 % des fumeurs décèdent prématurément en raison de maladies directement liées au tabac. Plus préoccupant encore, un quart des jeunes âgés de 11 à 17 ans sont déjà des fumeurs actifs. Le stress a été identifié comme l’un des principaux facteurs favorisant l’initiation au tabagisme chez les adolescents.
Les spécialistes ont également rappelé que la prévalence du tabagisme demeure nettement plus élevée chez les hommes. Toutefois, une donnée encourageante a retenu l’attention : entre 63 % et 75 % des fumeurs déclarent vouloir arrêter de fumer, démontrant l’existence d’un potentiel important pour les politiques de sevrage.
Le Dr Dhaker Lahidheb a notamment souligné l’impact cardiovasculaire majeur du tabac :
« Entre 50 % et 60 % des personnes victimes d’un infarctus du myocarde sont des fumeurs. »
Le danger sous-estimé du tabagisme passif
Le tabagisme passif a également occupé une place importante dans les discussions.
L’expert Hachem Belkhir a expliqué que lorsqu’une personne est exposée à la fumée dégagée par un consommateur fumant un paquet de 20 cigarettes par jour, l’exposition toxique subie par le non-fumeur peut être comparable à celle de cinq cigarettes consommées directement.
Une réalité qui rappelle que les conséquences du tabac dépassent largement le seul cadre individuel pour devenir un véritable enjeu collectif de santé publique.
Une réponse maghrébine coordonnée
L’un des principaux enseignements de cette conférence concerne la nécessité d’une coopération renforcée entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye.
Les intervenants ont estimé que les similitudes entre les trois pays en matière de modes de vie, de comportements sociaux et de circulation des produits du tabac justifient l’adoption d’une stratégie commune.
Parmi les pistes évoquées figure notamment l’harmonisation des prix du tabac afin de réduire les effets de la contrebande transfrontalière et de renforcer l’efficacité des politiques fiscales nationales.
Pour les experts, la lutte contre le tabagisme ne doit pas être dirigée contre les fumeurs eux-mêmes mais contre les effets nocifs de la combustion du tabac.
Comme cela a été rappelé lors de la conférence, la combustion du tabac à haute température génère des substances cancérigènes ainsi que du monoxyde de carbone, responsables d’une grande partie des dommages observés sur la santé.
Trois piliers pour une feuille de route commune
Les participants ont proposé plusieurs axes stratégiques destinés à structurer une politique régionale cohérente.
Prévenir avant tout
La priorité demeure la prévention primaire, c’est-à-dire empêcher l’initiation au tabac dès le plus jeune âge.
Le Dr Hsan Mesnati a insisté sur le rôle fondamental des établissements scolaires, des familles et de la communauté éducative dans la protection des adolescents face au risque tabagique.
Renforcer les lois et la fiscalité
Les experts ont également appelé à une application plus rigoureuse des réglementations existantes, notamment :
- L’interdiction de fumer dans les espaces publics.
- L’interdiction de vente de produits du tabac aux mineurs.
- L’augmentation coordonnée des taxes sur le tabac dans les trois pays.
Selon les intervenants, ces mesures constituent des outils essentiels pour réduire la consommation et décourager l’entrée des jeunes dans le tabagisme.
Faciliter l’arrêt du tabac
Compte tenu du nombre important de fumeurs souhaitant arrêter, les spécialistes recommandent de renforcer l’accompagnement médical au sevrage.
Cela passe notamment par la formation de professionnels spécialisés et par une meilleure accessibilité aux substituts nicotiniques permettant de réduire progressivement la dépendance.
Changer les mentalités, le défi majeur
Au-delà des mesures législatives et fiscales, les experts ont souligné qu’aucune politique antitabac ne pourra réussir durablement sans une évolution profonde des mentalités.
Le Dr Hsan Mesnati a regretté le manque d’implication de certains médias dans la sensibilisation aux dangers du tabac, tandis que le Dr Habib Jaafoura a résumé l’enjeu central de cette mobilisation régionale :
« Il faudrait changer les mentalités. »
Pour les participants, l’objectif est de déconstruire progressivement l’image banalisée de la cigarette dans l’espace public et de faire comprendre que le tabagisme n’est pas seulement une affaire individuelle, mais une problématique collective qui affecte la santé, l’économie et la qualité de vie de l’ensemble de la société.
À travers des initiatives comme celles portées par Med.tn, le Maghreb pourrait ainsi poser les bases d’une coopération régionale inédite dans la lutte contre l’un des principaux facteurs de mortalité évitable au monde.