Une dynamique engagée, encore en construction
La relation commerciale entre la Tunisie et la Chine entre dans une phase charnière. Face à un déficit commercial structurel en défaveur de Tunis, les deux pays ont engagé des discussions officielles en vue d’un partenariat économique renforcé, incluant une possible exonération progressive des droits de douane sur les exportations tunisiennes vers le marché chinois.
À ce stade, il ne s’agit ni d’un accord signé ni d’un régime juridiquement en vigueur, mais d’un processus de négociation avancé, inscrit dans une stratégie chinoise plus large de rééquilibrage de ses échanges avec l’Afrique.
Le cadre politique : l’initiative chinoise annoncée au FOCAC
En juin 2025, lors du Forum sur la coopération sino‑africaine (FOCAC), le président Xi Jinping a annoncé l’intention de la Chine d’élargir l’accès sans droits de douane à son marché pour les pays africains partenaires. Cette initiative vise prioritairement les pays les moins avancés (PMA), mais ouvre également la voie à des accords bilatéraux spécifiques avec des économies intermédiaires comme la Tunisie.
Pour Tunis, l’enjeu est clair : négocier un accord sur mesure, susceptible de couvrir une part significative – potentiellement très large – des lignes tarifaires à l’export vers la Chine, sous réserve de conditions techniques et réglementaires précises.
Point clé : aucune source officielle ne confirme, à ce jour, une exonération automatique de 100 % des lignes tarifaires pour la Tunisie. Toute mise en œuvre dépendra d’un accord bilatéral formel, de son calendrier et de ses exceptions sectorielles.
État des échanges : un déséquilibre structurel
Les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Chine ont progressé d’environ 8 % en 2024, pour atteindre près de 9,2 milliards de dinars. Cette dynamique masque toutefois une asymétrie profonde :
- Exportations tunisiennes vers la Chine : environ 217 millions de dinars, soit à peine 2 à 3 % du volume total.
- Importations depuis la Chine : près de 9 milliards de dinars, représentant environ 14 % des importations totales tunisiennes.
Selon le CEPEX, le potentiel d’exportation tunisien non exploité vers la Chine est estimé à plus de 200 millions de dollars, principalement dans des segments à valeur ajoutée.
Secteurs concernés : là où l’accord peut réellement produire des effets
Les discussions en cours ciblent en priorité des secteurs où la Tunisie dispose d’avantages comparatifs reconnus :
Agroalimentaire à forte valeur ajoutée
- Huile d’olive conditionnée et premium
- Dattes transformées
- Produits de la mer à haute traçabilité
Industrie manufacturière
- Textile technique et à usage industriel
- Composants mécaniques et électriques
- Sous‑traitance spécialisée
Positionnement logistique régional
Combinée à la ZLECAf, une facilitation commerciale avec la Chine pourrait permettre à la Tunisie de se positionner comme hub régional, aussi bien pour l’export tunisien vers l’Asie que pour certaines chaînes logistiques sino‑africaines.
Les verrous à lever
Les autorités tunisiennes et chinoises reconnaissent que le succès d’un régime de préférence tarifaire dépendra moins du taux de droit que de la capacité opérationnelle des entreprises tunisiennes.
Les principaux défis identifiés :
- Conformité réglementaire : normes sanitaires, traçabilité, étiquetage et certifications exigées par le marché chinois.
- Logistique et délais : modernisation portuaire, fluidité douanière, digitalisation des procédures.
- Accès au marché final : présence sur les plateformes de e‑commerce chinoises (Alibaba, JD.com) et partenariats locaux.
Conclusion : une opportunité crédible, mais conditionnelle
Le projet de partenariat économique Tunisie‑Chine à zéro tarif douanier n’est pas encore un fait juridique, mais il constitue une opportunité réelle et structurante, portée au plus haut niveau politique.
Son impact dépendra de trois facteurs clés :
- La portée réelle de l’accord tarifaire négocié.
- La capacité des entreprises tunisiennes à se conformer aux exigences chinoises.
- La rapidité de mise en œuvre administrative et logistique côté tunisien.
Recommandation stratégique : les exportateurs tunisiens ont intérêt à engager dès maintenant des audits de conformité et des études de marché Chine, afin d’être opérationnels dès l’entrée en vigueur d’un éventuel accord.