Le marché tunisien des véhicules d’occasion entre dans une nouvelle phase. Après des années dominées par l’informel et les grandes métropoles, une réorganisation s’opère. L’inauguration du premier marché hebdomadaire de Kairouan, le 15 novembre 2025, marque un tournant : un pôle structuré de 10 000 m², sécurisé, administré, et capable d’accueillir jusqu’à 300 véhicules.
Dans un contexte où les ventes d’occasion explosent — +41 % au 1er semestre 2025 selon Webdo — cette décentralisation n’est pas un simple événement local : c’est un signal géo-économique fort.

Un marché tunisien de l’occasion en pleine mutation

Un secteur dopé par la hausse des prix du neuf

Les Tunisiens se tournent massivement vers l’occasion pour une raison simple : le neuf devient hors de portée.
Selon Webdo et Tunisie Numérique, 42 367 véhicules ont été vendus au 1er semestre 2025, dont 24 741 dans le marché parallèle/occasion entre janvier et octobre 2025. L’occasion représente désormais 28 % du marché total.

Ce qui tire la demande :

  • Prix du neuf en hausse constante.
  • Délais d’importation longs et dépendance aux devises.
  • Accès plus facile à la transaction directe et négociée.
  • Moindre recours aux crédits bancaires, souvent trop lourds.

Kairouan : un nouveau pôle structurant au cœur du pays

Une infrastructure pensée pour réguler le secteur

Le marché de Kairouan, situé au croisement de six gouvernorats, n’est pas un marché improvisé.
Il propose :

  • 10 000 m² d’espace dédié.
  • 240 véhicules dès le premier jour.
  • Capacité maximale : ≈ 300 véhicules.
  • Bureau administratif pour formaliser les transactions.
  • Techniciens mécaniques présents sur place.
  • Droit d’accès régulé : 5 dinars par véhicule exposé.

L’objectif est clair : réduire l’informel, structurer le marché et sécuriser les acheteurs.

Un modèle fondé sur la confiance

Dans un pays où les transactions d’occasion ont longtemps reposé sur la bonne foi et les réseaux personnels, Kairouan propose une alternative crédible :

  • Encadrement professionnel
  • Vérifications sur place
  • Absence d’intermédiaires
  • Transparence du prix et de l’état du véhicule

L’initiative municipale positionne Kairouan comme nouveau hub régional, capable de rivaliser avec Tunis, Sfax et Sousse.

Une tradition tunisienne qui se modernise

Les marchés hebdomadaires, colonne vertébrale du secteur

Les marchés de l’occasion existent depuis des décennies en Tunisie. Ils fédèrent :

  • Familles
  • Professionnels
  • Mécaniciens
  • Petits commerçants

Les grandes zones historiques :
Tunis/Ben Arous, Sfax, Sousse, Monastir, Nabeul, Bizerte, Mahdia, Gafsa, Médenine, Sidi Bouzid, et aujourd’hui Kairouan, devenu un point pivot.

Pourquoi les Tunisiens les plébiscitent :

  • Large choix (centaines de véhicules)
  • Négociation directe vendeur/acheteur
  • Achat possible le jour même
  • Ambiance conviviale, transparente
  • Vérification mécanique immédiate

Le digital rééquilibre le jeu

Les marchés physiques restent dominants, mais :

  • Showrooms spécialisés (Ariana, La Manouba)

Plateformes en ligne
Renforcent la concurrence et élargissent l’offre disponible.

Un levier économique régional et national

Décentralisation et dynamisation locale

Le marché de Kairouan n’est pas juste un marché :
C’est un moteur de flux économiques régionaux.
Il génère :

  • Trafic commercial
  • Services mécaniques
  • Restauration
  • Transport
  • Micro-entreprises locales

Un marché encore contrôlé et inégal

Selon La Presse et plusieurs experts du secteur :

  • Le marché parallèle reste en partie concentré entre quelques groupes influents (importation, distribution, assurances).
  • L’informel persiste dans les zones non encadrées.
  • La transparence n’est pas homogène entre régions.

La montée de pôles organisés comme Kairouan contribue à rééquilibrer progressivement la donne.

Un secteur en recomposition accélérée

L’essor du marché de l’occasion en Tunisie n’est pas conjoncturel : c’est une transformation structurelle.
Le lancement du marché de Kairouan confirme une tendance de fond :
➡️ décentralisation,
➡️ formalisation,
➡️ professionnalisation des transactions.

Reste une question : ces nouveaux pôles réussiront-ils à imposer une norme nationale face à l’informel et aux réseaux historiques ?

By admin