Refai Amal

Après une absence d’environ quinze ans, la ville de Nabeul renoue avec la musique et le malouf grâce à la grande école du malouf et des chansons tunisiennes. Un rendez-vous qui réunit de nouveau le public, et l’une des grandes figures de la scène musicale tunisienne : Zied Gharsa. Le tout sur la scène de théâtre Plein air Moncef Kort, dans le cadre de la 37 édition du Festival International de Nabeul, le 11 août 2025.

Fadhel Jaziri : absent au yeux, présent dans les coeurs

Le spectacle a débuté par un hommage rendu par l’artiste à feu Fadhel Jaziri décédé le même jour. Zied Gharsa a annoncé dédier la soirée à la mémoire du disparu. Lors de la conférence de presse, il a confié ne pas s’attendre à ce départ brutal, tout en sachant que l’état de santé du metteur en scène s’était détérioré, pensant toutefois qu’il allait se rétablir :  « Mais la volonté de Dieu en a décidé autrement »

Le président de l’Association d’Animation et des Festivals, Montassar Kacem, a lui aussi ouvert la soirée par quelques mots en mémoire du défunt, invitant le public à observer une minute de silence en son honneur.

Zied Gharsa : Quand l’artiste devient une école

Zied Gharsa a pris position au centre de la scène à 22h précises. Le public, avide et attentif, semblait attendre que le’maître-serveur’ assouplisse sa soif de mélodies raffinées et d’airs enivrants. Toutefois, l’artiste a décidé de prolonger le plaisir en offrant ses morceaux de malouf avec lenteur et délicatesse, comme s’il voulait enseigner à son auditoire la patience et l’art de savourer.

Le concert, tout comme ses précédents succès, a été marqué par la joie, l’enthousiasme et les danses du public, mais surtout par la relation unique entre l’artiste et ses spectateurs : une relation basée sur le respect, l’écoute, l’échange et le partage des responsabilités.

Khmais tarnen et Tahar Gharsa présent au spectacle :


Parmi les récits racontés au public, on trouve celui du « oud perdu ». Zied Gharsa a fait une démonstration de oud historique sur scène, emmenant son public dans un voyage vers le passé, lorsqu’il a été touché par les doigts de Khmais tarnen et de son père, Tahar Gharsa.

C’est en 1957 que Khmais Tarnen a offert son propre oud à Tahar Gharsa. Cet instrument ancien, qui remonte probablement aux années 1800, a été un pilier des années artistiques de Tahar Gharsa. En 1969, il a été attribué à Hammadi Essid, un ami du musicien. Suite au décès des deux hommes, l’oud disparut.

Zied Gharsa a retrouvé l’instrument dans une boutique deux ans après le décès de son père et l’a acheté. Néanmoins, quelques années plus tard, le studio de l’artiste a été cambriolé et l’oud a été volé.

L’année dernière, un ami le contacta après avoir reconnu l’instrument : il fut récupéré en mauvais état, puis restauré par l’artiste.
Aujourd’hui, Zied Gharsa voit en ce oud l’incarnation de l’âme de son père et de Khmais Tarnan un symbole de chance et un héritage familial qu’il chérit et présente avec fierté.

Octobre 2025 : Ouverture de L’Académie Zied Gharsa de musique et d’arts

Dans une interview accordée au magazine Descartes, Zied Gharsa a donné plus de détails sur l’Académie de musique et d’arts qu’il s’apprête à inaugurer. Nacer Karouachi, Mounir Ghiriani et Fethi Kosdaghli ont établi un partenariat pour ce projet qui aura lieu à Laouina, dans le gouvernorat de Tunis. L’académie ne se limitera pas au malouf mais proposera aussi des cours de musique, de théâtre et de peinture. L’ouverture est programmée pour octobre 2025, avec un engagement personnel de l’artiste pour superviser le club de malouf pour enfants et adultes, et enseigner à la fois les instruments traditionnels et modernes.

Mohamed Tahar et Mohamed Raouf : deux lionceaux sur les traces de leur père

Pendant le spectacle, deux jeunes visages rayonnants ont attiré l’attention : Mohamed Raouf, qui était aux côtés de son père sur scène, et Mohamed Tahar, qui lui ressemble de près, observant depuis les coulisses. Zied Gharsa explique qu’il entretient une relation d’amitié avec ses enfants. Il considère Mohamed Tahar comme un pilier qui reprendra un jour le flambeau et qu’il prépare au métier en l’immergeant dans le monde de la scène. Mohamed Raouf, lui, apprend le malouf et le oud.
L’artiste souligne que les occasions d’apprendre concrètement le métier sont rares, c’est pourquoi il a offert cette chance à ses « enfants artistiques » par le passé, et aujourd’hui à son propre fils biologique, pour qu’il puisse s’exercer sur scène.

By Amal