À seulement 22 ans, Nidhal Hammami mène de front deux univers qui semblent, à première vue, totalement opposés : les études exigeantes de médecine vétérinaire et l’arbitrage de basketball. Entre les amphithéâtres de l’École Nationale de Médecine Vétérinaire de Sidi Thabet et les parquets de basketball, elle construit un parcours fondé sur la discipline, la précision et la passion.
Il y a des parcours qui racontent une ambition. Et puis, il y a ceux qui racontent une véritable philosophie de vie.
À 22 ans, Nidhal Hammami appartient à cette génération de jeunes Tunisiens qui refusent de choisir entre leurs passions. Étudiante à l’École Nationale de Médecine Vétérinaire de Sidi Thabet, elle poursuit un cursus scientifique particulièrement exigeant tout en évoluant dans l’univers de l’arbitrage du basketball.
Une double vie qui exige une organisation rigoureuse, une grande capacité de concentration et, surtout, une volonté constante de progresser.
Une vocation née au cœur du Cap Bon
Originaire de Grombalia, Nidhal a grandi dans un environnement où les animaux occupent une place naturelle dans le quotidien.
« Nous avons toujours vécu entourés d’animaux », explique-t-elle. Cet environnement familial a progressivement nourri une vocation qui allait devenir un véritable projet professionnel.
Pour elle, la médecine vétérinaire dépasse largement la dimension scientifique.
« Soigner et soulager une créature vivante qui souffre en silence, incapable d’exprimer sa détresse par des mots, c’est une mission d’une profonde humanité. »
Un choix qui l’a conduite vers l’École Nationale de Médecine Vétérinaire de Sidi Thabet, l’une des institutions scientifiques les plus exigeantes du pays.
L’accès à cette formation repose sur un parcours scientifique et un concours national à l’issue des cycles préparatoires. Avec seulement 45 étudiants par promotion, l’établissement offre un environnement particulièrement sélectif.
Le cursus s’étend sur six années et couvre de nombreuses disciplines, de la physiologie à l’anatomie clinique, en passant par la pathologie et la chirurgie vétérinaire.
Pour Nidhal, cette exigence constitue moins un obstacle qu’une source de motivation.
« Le travail et la discipline sont les seules clés d’entrée. »
Du terrain au sifflet
Avant de devenir arbitre, Nidhal était joueuse de basketball.
Son histoire avec le ballon orange commence à l’âge de 11 ans, lorsqu’elle rejoint la sélection de promotion à Grombalia, au sein de la Dalia Sportive.
Elle poursuivra ensuite son parcours dans les catégories de jeunes, notamment avec la Jeunesse Sportive de Beni Khiar, jusqu’aux catégories cadettes et juniors.
Mais son rapport au basketball allait progressivement prendre une autre dimension.
Au cours des entraînements, elle avait déjà pris l’habitude de réclamer le sifflet à son entraîneur pour arbitrer les matchs d’application.
Une intuition qui allait finalement devenir une vocation.
Après l’obtention de son baccalauréat, elle choisit ainsi de se tourner vers l’arbitrage et rejoint la Ligue du Cap Bon à Nabeul, avant d’intégrer le parcours de formation de la Fédération Tunisienne de Basketball au Centre National Sportif d’El Menzah.
Après plusieurs mois de formation théorique et pratique, elle commence à arbitrer des rencontres officielles dans les catégories de jeunes.
Quand l’ancienne joueuse devient arbitre
Son expérience de joueuse constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts.
Elle connaît les réactions d’une joueuse après une faute, comprend les stratégies d’un entraîneur et sait reconnaître les moments où la tension commence à monter.
Mais l’arbitrage demande une compétence supplémentaire : savoir lire le jeu avant même qu’il ne se produise.
« J’anticipe les fautes et les violations de zone avant même qu’elles ne se produisent », explique-t-elle.
Une qualité essentielle dans un sport où une décision peut changer le cours d’une rencontre en quelques secondes.
Près de 500 matchs en trois saisons
L’expérience accumulée par Nidhal est déjà impressionnante.
Durant ses trois premières saisons, elle a officié près de 500 matchs, avec des week-ends pouvant compter deux à trois rencontres.
Pendant certaines périodes de vacances scolaires, le rythme devient encore plus intense : elle évoque notamment une période durant laquelle elle a arbitré 20 rencontres en seulement 15 jours.
Mais derrière les chiffres se cache surtout une véritable école de vie.
L’arbitrage lui a appris à gérer la pression, à rester concentrée dans les moments difficiles et à accepter la responsabilité d’une décision.
Cinq secondes pour décider
Parmi les souvenirs les plus marquants de son parcours figure une décision prise dans les dernières secondes d’une rencontre particulièrement tendue.
Le score est alors de 78 à 76, à seulement cinq secondes de la fin.
Un tir lointain est tenté au buzzer. La situation est difficile à déterminer : s’agit-il d’un tir à deux ou trois points ?
La décision finale revient à Nidhal, alors troisième arbitre.
Accorder trois points signifie offrir la victoire aux visiteurs. Accorder deux points entraîne les deux équipes en prolongation.
Elle observe, analyse et tranche.
Trois points.
La salle explose. Les contestations fusent. Mais la décision est assumée.
Pour Nidhal, cette situation résume parfaitement ce que représente l’arbitrage : analyser, décider et assumer.
Une philosophie qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à la médecine vétérinaire.
Une jeune femme dans un univers encore majoritairement masculin
L’arbitrage reste un milieu où les hommes sont encore largement majoritaires. Nidhal n’en fait pourtant pas un frein.
Elle cite notamment Arabia Belghith, arbitre tunisienne internationale, comme l’une de ses références et évoque avec fierté l’occasion d’avoir partagé un sifflet avec elle lors d’un match officiel.
Son ambition dépasse cependant sa propre carrière.
Elle souhaite démontrer que les jeunes femmes peuvent investir tous les domaines qui les passionnent, y compris ceux qui restent traditionnellement associés aux hommes.
« J’espère inspirer d’autres jeunes filles à poursuivre leurs rêves multiples sans jamais s’autocensurer. »
La méthode avant tout
Ce qui frappe dans le parcours de Nidhal, c’est la cohérence entre ses deux univers.
La médecine vétérinaire exige précision et raisonnement scientifique.
L’arbitrage exige observation, sang-froid et capacité de décision.
Dans les deux cas, l’erreur peut avoir des conséquences importantes.
Et dans les deux cas, la préparation fait la différence.
Son quotidien repose donc sur une organisation minutieuse : études, entraînements, matchs, préparation physique, analyse des rencontres et travail académique.
Une discipline qui lui permet de poursuivre simultanément deux ambitions.
Deux rêves pour un même avenir
À l’horizon des cinq prochaines années, Nidhal a déjà une vision claire.
Sur le plan professionnel, elle souhaite terminer ses études à Sidi Thabet et ouvrir sa propre clinique vétérinaire privée.
Sur le plan sportif, son objectif est tout aussi ambitieux : progresser jusqu’à obtenir le badge d’arbitre international FIBA et accéder aux compétitions africaines puis internationales.
Deux trajectoires différentes, mais une même philosophie.
« Rien n’est impossible à celui qui sait organiser son temps et se donne les moyens de ses ambitions. »
À 22 ans, Nidhal Hammami n’a donc pas encore écrit le dernier chapitre de son histoire. Mais elle en possède déjà les ingrédients essentiels : une vocation scientifique, une passion sportive, une discipline de fer et cette capacité rare à transformer chaque difficulté en nouvelle étape.
Sur les parquets comme dans les salles de cours, son parcours rappelle une évidence : l’ambition ne consiste pas toujours à choisir une seule voie. Parfois, elle consiste précisément à avoir le courage d’en poursuivre plusieurs.
Propos recueillis par la rédaction de DESCARTES Magazine.