
En déposant sa casquette de directeur et de président d’association, Montasser Kacem a revêtu celle de comédien pour monter sur la scène du Complexe des jeunes de Korba avec son spectacle “Fi Balek“. Une représentation empreinte d’improvisation et d’interaction avec le public, décrite comme une première en son genre en Tunisie. Ni véritable one-man show, ni stand-up, mais une expérience de « comédie interactive ».
Malgré quelques problèmes techniques révélateurs de la difficulté des conditions, le succès de la pièce et la réaction du public ont éclipsé ces failles. « J’attendais de trouver un public réactif, car je sais que Korba est une terre de théâtre », a confié Kacem dans une déclaration à Descartes Magazine.
Un festival entre passion et manque d’espaces
Le spectacle s’inscrivait dans le cadre de la clôture de la deuxième édition des Journées théâtrales de Korba, tenues pendant six jours sous le slogan « Le théâtre, c’est la vie », en partenariat avec le Centre des arts dramatiques et scéniques de Nabeul, la Maison de la culture Hassan Zoghlemi et le Complexe des jeunes de Korba. La clôture a été marquée par des hommages aux invités d’honneur et aux autorités locales, ainsi qu’une initiative remarquée de jeunes adolescents qui ont présenté une performance théâtrale en lien avec la cause palestinienne juste avant le lever de rideau.
Derrière cette vitalité se cache toutefois un manque criant de salles adaptées. Comme l’a souligné le directeur du festival, Abdelkader Najjar : « Le théâtre en plein air est voué à s’effondrer. Nous espérons avoir un espace digne de ce public avide de culture ».
Korba… une ville qui respire le théâtre
À Korba, le public a grandi avec le théâtre dès son plus jeune âge, faisant de la ville une véritable école qui a vu passer de grands noms de la scène tunisienne. Mais cette passion se heurte à une réalité difficile, risquant de pousser les jeunes amateurs vers d’autres horizons. « Le manque d’infrastructures théâtrales a failli vider Korba de ses passionnés », ajoute Najjar.
Cette deuxième édition a montré que l’attachement au théâtre demeure malgré les obstacles : six représentations gratuites et des ateliers de formation ont été organisés pour ancrer les nouvelles générations dans la tradition théâtrale de leur ville.
“Fi Balek” : improvisation et esprit scénique
Montasser Kacem est monté pour la première fois sur scène en 2001 en tant que acteur, avant de se consacrer ces dernières années à la mise en scène et à la direction du festival International de Nabeul depuis 2013. Avec “Fi Balek“, il retrouve le jeu d’acteur dans une expérience où un texte existe bel et bien, mais où l’improvisation et l’interaction avec le public dominent, façonnant le spectacle au fil de la représentation.
Le comédien a joué sans aucune rémunération , précise Kacem, ajoutant que le véritable plaisir résidait dans la capacité à suivre le public et ses regards. Une performance qui a confirmé que, malgré le manque d’infrastructures, Korba continue de respirer le théâtre, et que l’amour du public pour cet art reste plus fort que tous les obstacles.