La région de Nabeul traverse une crise halieutique sans précédent. Selon la Fédération de la pêche maritime, la production a chuté de près de 60 % par rapport aux années précédentes, un effondrement qui s’aggrave chaque saison. Derrière ce constat alarmant se cachent la surpêche, l’absence de contrôle, le non-respect des mesures de protection et l’infrastructure portuaire à l’abandon.

Cette situation menace non seulement les ressources marines, mais aussi l’économie locale et les moyens de subsistance de milliers de pêcheurs artisanaux.

Une surpêche anarchique qui vide la mer

  • Pêche illégale et anarchique : Les pratiques non réglementées, comme la pêche du thon blanc juvénile (Boussif), privent les espèces de repos biologique. L’accord avec l’Union européenne impose trois mois d’interdiction (1er janvier – 31 mars), mais aucune compensation financière n’est versée aux 80 marins concernés.
  • Impact économique direct : Chaque pêcheur perd 1 à 2 % de ses revenus chaque année pour un fonds de protection jamais activé.
  • Conséquences écologiques : La pêche destructrice, notamment la traîne de fond dite “kys”, dégrade les fonds marins, réduit les stocks et met en péril la biodiversité locale.

Selon un rapport de l’ONG ARIJ, les méthodes de pêche destructrices ont décimé jusqu’à 60 % des stocks méditerranéens depuis les années 1990.

Ports et infrastructures : Nabeul à l’arrêt

  • Port de Kélibia : Premier port de pêche du pays, il représente 60 % de la production nationale et 40 % de la flotte du gouvernorat.
  • État critique : Les travaux de réaménagement débutés en 2019 sont suspendus depuis 2020. Quais fissurés, encombrement et absence d’équipements opérationnels compromettent l’activité.
  • Autres ports touchés : Béni Khiar, Sidi Daoud et El Haouaria subissent également des carences structurelles, impactant la pêche artisanale.

Conséquences humaines et économiques

  • Emploi : Le secteur emploie environ 70 000 marins à l’échelle nationale, dont une part significative à Nabeul.
  • Revenus en danger : La perte de captures pendant les périodes de repos biologique ou suite à la surpêche affecte gravement les familles.
  • Témoignages : Moez Ammar, pêcheur artisanal, souligne que l’octopus, autrefois accessible aux familles modestes, est désormais rare et hors de portée à cause de la pêche illégale et de la corruption.

Changements climatiques et pression environnementale

  • Températures méditerranéennes en hausse : Les vagues de chaleur marine et les tempêtes affectent la sécurité et les captures.
  • Impact sur la biodiversité : Les herbiers de Posidonia oceanica, essentiels pour la reproduction et l’alimentation des poissons, sont menacés par les chaluts de fond.
  • Surveillance insuffisante : La Tunisie compte 140 agents pour 1 300 km de côtes, insuffisant face à l’expansion des pratiques illégales.

Vers une réponse durable : aquaculture et réglementation

  • Aquaculture comme solution : La Tunisie vise 35 000 tonnes de production d’ici 2030 (+52 % par rapport à 2024), avec investissements croissants (47 millions de dinars en 2025 pour de nouvelles installations).
  • Mesures légales : Interdiction des bateaux de pêche illégale “kys”, suivi satellitaire des bateaux, quotas et subventions pour les pêcheurs artisanaux (40-50 % du carburant).
  • Objectif : Réduire la pression sur les stocks sauvages tout en maintenant la sécurité alimentaire et l’emploi.

Conclusion : un secteur au bord du gouffre

La région de Nabeul fait face à une urgence halieutique. Sans surveillance renforcée, application stricte des repos biologiques et réhabilitation des infrastructures portuaires, l’effondrement des ressources pourrait devenir irréversible. L’avenir dépend d’une politique combinant régulation, soutien économique aux pêcheurs et développement de l’aquaculture.

La question reste ouverte : comment protéger durablement la mer de Nabeul tout en assurant les moyens de subsistance de ses habitants ?

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