Refai Amal

Dans le cadre de la 37ᵉ édition du Festival International de Nabeul, le public avait rendez-vous, le jeudi 24 juillet 2025, avec Aziz Jebali à l’occasion de la pièce de théâtre intitulée Binomi S+1”.Aziz, à la fois metteur en scène et acteur, fait partie de ces figures emblématiques du théâtre et de l’écran tunisien comme Abdelhamid Bouchnak, Saber Oueslati, Issam Abssi, Mohamed Snoussi, Cheikh Mohamed Ben Hammouda, Yasmine Dhemassi, Fatma Safar, Jihad Charny et Kais Vipa.La scénographie, signée Sabri Atroussi, a apporté sa touche artistique contribuant à créer une atmosphère visuelle et sonore complète.
Une société tunisienne dans un seul appartement
Les événements de la pièce s’articulent autour du personnage de “Hamidou“, véritable centre de gravité de l’histoire. Il a suscité l’interaction créant une harmonie particulière avec le public. Le spectateur s’est senti intégré à la scène, comme s’il partageait avec Hamidou les détails de sa vie quotidienne, allant même jusqu’à choisir avec lui le colocataire idéal.
Hamidou et ses compagnons ne sont pas de simples personnages secondaires. Une mosaïque qui reflète la société tunisienne : le religieux, l’infidèle, l’artiste, le styliste, la couturière, le délinquant, le poète et l’homme aux principes à géométrie variable.
Un mélange humain qu’Aziz Jebali a volontairement mis en scène qui apporte une touche satirique provoquant un rire immédiat. Toutefois, il pousse le spectateur à une réflexion plus profonde après chaque éclat.

L’Elon Musk des cheikhs : excès de provocation ou satire intelligente ?
Le cheikh religieux a été l’un des personnages les plus polémiques, déclenchant une « guerre froide » avec une partie du public, certains y voyant une atteinte au sacré.
Avec assurance, le metteur en scène a justifié son choix, affirmant que le personnage demeurait fidèle à ses principes et qu’il ne constituait en aucun cas une attaque contre l’image d’un croyant authentique. Pour certains, c’était une provocation déplacée ; pour d’autres, c’était une critique satirique et constructive dévoilant l’hypocrisie de certains individus se cachant derrière un discours religieux.
Des messages théâtraux ambitieux
Derrière cette comédie excentrique, la pièce aborde indirectement plusieurs sujets sensibles, incluant la liberté d’expression en Tunisie et ses restrictions.
En évoquant les journalistes emprisonnés (Mourad Zghidi et Sonia Dahmani) et la situation des médias tunisiens, souvent accusés de ne pas prendre en compte les nouvelles importantes, comme la guerre à Gaza ou les tensions politiques dans le pays.
Le défi majeur : deux heures et demie de rire sans aucune difficulté
La véritable puissance de « Binomi S+1 » réside dans sa capacité à captiver l’attention et l’interaction du public pendant deux heures et demie, sans laisser transparaître aucun ennui. Cela prouve non seulement la qualité du texte, mais aussi la performance des acteurs et le professionnalisme de la mise en scène.

Une équipe liée par la scène, et non par les liens du sang
L’alchimie entre les membres de l’équipe a été l’un des points forts du spectacle, au point qu’ils semblaient tous faits d’une même matière.
Kais VIPA a dit que l’équipe lui ressemble, affirmant que pour lui, le jeu d’acteur n’est pas seulement un rôle, mais aussi un moyen d’exprimer sa vision de soi et de la réalité.
Cette harmonie s’est même prolongée en coulisses, où les acteurs se sont embrasés en groupe dès la fin de la représentation,Un moment d’émotion authentique qui témoigne de leur amour pour l’art et de leur lien avec le monde du théâtre.
« Binomi S+1 » est bien plus qu’une comédie légère, c’est une pièce profonde qui se cache derrière le rire pour poser des questions difficiles. Hamidou a laissé sa marque, à la fois par son humour et cette réflexion sur ce qui nous fait rire à gorge déployée, tout en nous laissant un goût amer., ce qu’on appelle communément chez nous : « les rires qui provoquent des larmes ».