Tunis, juillet 2025 : En dépit d’une conjoncture économique instable, le marché de l’automobile en Tunisie manifeste des indices de dynamisme. Avec une augmentation des ventes, un regain d’intérêt pour les voitures abordables, des ambitions électriques encore modestes et des initiatives industrielles locales, l’industrie automobile nationale évolue à toute allure. Vue d’ensemble.

Une expansion stimulée par le marché informel.
Le marché de l’automobile en Tunisie a connu une augmentation de 13,6 % au premier trimestre 2025, avec un total de 17 439 véhicules vendus, comparativement à la même période l’année précédente. En grande partie, ce succès est dû aux concessionnaires officiels (11 860 ventes, +5,9 %), mais surtout au marché parallèle qui enregistre une augmentation impressionnante de 34 % (5 579 ventes).
Ce phénomène met en évidence non seulement la vigueur de la demande, mais aussi les obstacles à l’acquisition de véhicules par le biais des canaux classiques, souvent entravés par les limitations d’importation et la bureaucratie lente. Des marques telles que Peugeot, Volkswagen ou Mercedes constatent donc une augmentation de leurs ventes en dehors de leur réseau officiel.
Hyundai et Kia en tête, Peugeot résiste
Côté marques, Hyundai conserve son leadership en Tunisie en 2024 avec 6 777 unités vendues, suivi de Kia (5 517) et Peugeot (4 111). Le constructeur français continue de jouir d’une bonne image malgré la pression asiatique.
Le classement est complété par Suzuki, Toyota, Isuzu, Fiat, Volkswagen, MG et Mahindra, montrant une diversité d’offres et une ouverture croissante vers les marques chinoises.
Le renouveau des automobiles populaires
Dans une situation d’appauvrissement du pouvoir d’achat, les véhicules communément appelés populaires connaissent une réelle popularité. 1 632 unités ont été vendues au cours du premier trimestre 2025, comparativement à 1 453 durant la même période en 2024. Avec un prix variant de 28 900 à 34 800 dinars, elles demeurent une option abordable pour beaucoup de foyers.
Le virage électrique reste timide
La transition vers l’électrique en Tunisie avance… à petits pas. Si le gouvernement a adopté des incitations fiscales (TVA réduite à 7 %, vignette allégée de 50 %), le parc électrique reste marginal.
Nissan, par exemple, prévoit d’introduire en 2025 sa technologie hybride e‑Power avec le Qashqai, déjà lancé au Maroc et en Égypte. Mais les freins persistent : infrastructures de recharge quasi absentes, surcoût à l’achat, difficultés pour recharger chez soi, notamment dans les zones urbaines sans parking privé.
Selon plusieurs observateurs, l’objectif de 5 000 véhicules électriques en circulation d’ici fin 2025 semble très difficile à atteindre.
Wallyscar, symbole de l’industrie automobile locale
Alors que l’importation domine, une exception tunisienne persiste : Wallyscar. Basé à Ben Arous, ce constructeur local produit environ 600 véhicules par an, en partie destinés à l’export vers l’Europe et l’Afrique. Son design simple, ses matériaux recyclables et sa fiabilité en milieu rural font de Wally une marque atypique mais bien ancrée dans son territoire.
Le gouvernement tunisien espère aussi attirer des investisseurs étrangers, en particulier des groupes comme Renault ou Nissan, via des incitations fiscales et la mise à disposition de zones industrielles. L’objectif : faire de la Tunisie un hub régional de montage et de fabrication de pièces.
Un développement à suivre attentivement
Au carrefour de la croissance effective, de la restructuration structurelle et des aspirations électriques, l’industrie automobile en Tunisie se trouve à un tournant décisif. Si les volumes connaissent une nouvelle augmentation, plusieurs défis persistent : l’incertitude réglementaire, le marché parallèle non régulé, l’accès difficile au crédit et le manque d’une stratégie nationale durable pour l’électromobilité.
Cependant, il semble que le mouvement soit déjà lancé. En structurant son secteur autour d’une combinaison équilibrée d’importation raisonnée, de production locale et de transition écologique, la Tunisie pourrait se positionner comme un acteur clé en Afrique du Nord.
Suivez-nous sur Instagram : @descartes.magazine
Rédigé par Omar Maatouk ‘DESCARTES’.