Entre inflation, baisse du pouvoir d’achat et hausse des dépenses quotidiennes, l’écart entre les revenus des Tunisiens et le coût de la vie continue de se creuser.
Combien faut-il aujourd’hui pour vivre correctement en Tunisie ? La question revient au centre du débat économique après les déclarations de l’économiste et professeur universitaire Ridha Chkandali, qui estime qu’un citoyen tunisien aurait besoin d’un revenu mensuel d’au moins 4 200 dinars afin d’assurer des conditions de vie jugées dignes.
Ce chiffre ne représente pas un salaire officiel ni un seuil fixé par l’État, mais une estimation économique destinée à mesurer l’écart entre les revenus actuels des ménages et leurs dépenses réelles.
Un coût de la vie qui dépasse largement les revenus moyens
Selon Ridha Chkandali, la pression financière exercée sur les ménages tunisiens s’explique principalement par la hausse continue des prix et la dégradation du pouvoir d’achat.
L’économiste évoque notamment une inflation qui atteint environ 5,5 %, alimentée par plusieurs facteurs, dont l’évolution des prix de l’énergie et l’augmentation des coûts de production. Cette situation se traduit directement par une hausse des dépenses liées à l’alimentation, au transport, au logement et aux services essentiels.
Il estime également que le pouvoir d’achat d’une partie des Tunisiens a enregistré une baisse importante ces dernières années, touchant particulièrement la classe moyenne et les catégories professionnelles aux revenus fixes.
4 200 dinars : que représente réellement ce montant ?
Le montant avancé correspond à une vision d’un revenu permettant de couvrir plusieurs postes essentiels :
- l’alimentation quotidienne ;
- le logement ou le remboursement d’un crédit ;
- les factures d’électricité, d’eau et de communication ;
- les déplacements ;
- les dépenses de santé ;
- l’éducation des enfants ;
- quelques dépenses imprévues et une capacité minimale d’épargne.
L’objectif n’est donc pas uniquement de survivre au quotidien, mais de maintenir un niveau de vie stable sans être constamment sous pression financière.
Jusqu’à 5 500 dinars pour une famille selon certaines estimations
D’autres évaluations citées dans le débat public vont encore plus loin. Certaines analyses évoquent un besoin pouvant atteindre 5 500 dinars par mois pour une famille tunisienne, selon le niveau de vie recherché et les charges supportées.
Cette différence s’explique notamment par le nombre de personnes dans le foyer, la ville de résidence, le fait d’être propriétaire ou locataire, ainsi que le recours ou non aux services privés comme l’éducation ou la santé.
Le problème central : le décalage entre salaires et dépenses
Au-delà du chiffre de 4 200 dinars, le véritable sujet est celui du décrochage entre les revenus et le coût réel de la vie.
Pour de nombreux ménages, les augmentations salariales n’ont pas suivi le rythme de la hausse des prix. Résultat : une partie de la classe moyenne, traditionnellement considérée comme relativement stable, rencontre désormais des difficultés pour maintenir son niveau de vie.
Le débat pose donc une question majeure pour l’économie tunisienne : comment améliorer le pouvoir d’achat sans aggraver les déséquilibres économiques ?
Une estimation qui doit être interprétée avec prudence
Le seuil de 4 200 dinars reste une estimation économique et ne peut pas être appliqué de manière identique à tous les Tunisiens.
Une personne seule vivant dans une région intérieure, un couple propriétaire de son logement ou une famille locataire à Tunis n’auront pas les mêmes besoins financiers.
Cependant, cette estimation met en lumière une réalité largement ressentie : le coût de la vie a progressé beaucoup plus vite que les revenus d’une grande partie de la population.
Conclusion :
Le chiffre de 4 200 dinars n’est pas seulement un montant, c’est un indicateur du fossé grandissant entre les dépenses quotidiennes des Tunisiens et leurs revenus. Derrière cette estimation se cache un enjeu économique majeur : préserver le pouvoir d’achat et éviter l’érosion progressive de la classe moyenne.