Au cœur de Tunis, loin du bruit de la circulation et de l’agitation du centre-ville, le Parc du Belvédère reste l’un des lieux les plus emblématiques de la capitale tunisienne. Véritable poumon vert de Tunis, ce parc centenaire mélange histoire, architecture, biodiversité et mémoire de la ville moderne.

Mais derrière ses allées ombragées, ses eucalyptus géants et son célèbre zoo, le Belvédère cache une histoire bien plus ancienne qu’un simple espace de promenade.

Une ancienne oliveraie transformée en parc

À l’origine, le site du Belvédère n’était qu’une vaste oliveraie située sur les hauteurs de Tunis. À la fin du XIXe siècle, durant le protectorat français, les autorités décident de transformer cette zone en grand parc public afin d’offrir à la capitale un espace vert moderne inspiré des grands jardins européens.

Le projet est officiellement lancé en 1892. Sa conception est confiée à Joseph Lafourcade, jardinier paysagiste français ayant travaillé sur plusieurs projets urbains à Paris.

L’objectif est ambitieux : créer un immense jardin paysager capable d’accueillir des espèces végétales venues du monde entier tout en offrant un espace de détente aux habitants de Tunis.

Pourquoi le parc n’a ouvert qu’en 1910 ?

Même si les travaux principaux sont rapidement engagés, le parc n’ouvre officiellement au public qu’en 1910, soit près de dix-huit ans après le lancement du projet.

Cette attente n’était pas liée à un retard administratif, mais à une logique botanique. Les autorités souhaitaient laisser le temps aux arbres et aux plantes nouvellement introduits de grandir avant d’ouvrir le site au public.

Aujourd’hui encore, cette décision marque l’identité du Belvédère. Ses grandes allées ombragées et ses arbres centenaires sont directement hérités de cette période de développement.

Un parc de 110 hectares au cœur de Tunis

Avec environ 110 hectares, le Belvédère reste le plus grand parc urbain de Tunis et l’un des plus importants espaces verts de Tunisie.

Le parc rassemble des dizaines d’espèces végétales provenant des cinq continents :

  • eucalyptus australiens ;
  • ficus géants ;
  • palmiers ;
  • pins méditerranéens ;
  • arbres venus d’Asie et d’Amérique du Nord.

Cette diversité botanique transforme le Belvédère en véritable laboratoire naturel au cœur de la ville.

La colline du Belvédère et sa vue panoramique

Le parc est construit autour d’une colline culminant à environ 80 mètres d’altitude. Cette position dominante explique d’ailleurs son nom : « Belvédère », un terme italien désignant un lieu offrant une belle vue.

Depuis certains points élevés du parc, il est possible d’observer une large partie de Tunis, le lac et parfois même le golfe de Tunis lorsque la visibilité est bonne.

Cette situation géographique stratégique a également joué un rôle militaire pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les tunnels de la Seconde Guerre mondiale

Entre 1942 et 1943, durant la campagne d’Afrique du Nord, des tunnels furent creusés dans la colline du Belvédère par les forces allemandes.

Ces installations souterraines servaient de positions sécurisées et d’abris militaires pendant les affrontements opposant les forces de l’Axe et les Alliés en Tunisie.

Même si plusieurs récits populaires associent directement ces tunnels au maréchal allemand Erwin Rommel, les historiens restent prudents sur l’idée d’un véritable quartier général personnel installé au Belvédère.

La célèbre Kobbet El Haoua

Parmi les symboles architecturaux du parc figure la Kobbet El Haoua, souvent appelée à tort « Dôme de l’Air ».

Cette construction historique appartenait autrefois à un palais beylical situé à La Manouba. Elle fut démontée puis reconstruite au Belvédère au début du XXe siècle.

Avec son architecture traditionnelle et sa position en hauteur, elle est devenue l’un des monuments les plus photographiés du parc.

Le zoo du Belvédère : une institution tunisienne

En 1963, une partie du parc est transformée en parc zoologique sur environ 13 hectares.

Pendant plusieurs décennies, le zoo du Belvédère devient l’une des attractions les plus populaires de Tunisie, accueillant des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

Le site héberge de nombreuses espèces animales :

  • lions ;
  • éléphants ;
  • reptiles ;
  • oiseaux exotiques ;
  • primates.

Pour plusieurs générations de Tunisiens, le zoo du Belvédère représente un souvenir d’enfance incontournable.

Un patrimoine vivant pour les Tunisois

Au-delà de son importance historique, le Belvédère reste aujourd’hui un lieu central de la vie quotidienne à Tunis.

Joggeurs, familles, étudiants et photographes s’y retrouvent quotidiennement pour profiter d’un des rares grands espaces naturels de la capitale.

Le parc accueille également plusieurs infrastructures historiques et culturelles, notamment :

  • des cafés ;
  • des espaces de loisirs ;
  • un ancien casino ;
  • des installations sportives ;
  • des zones de promenade panoramiques.

Le Belvédère aujourd’hui : entre patrimoine et préservation

Avec le temps, le Parc du Belvédère est devenu bien plus qu’un simple jardin public. Il représente une partie de la mémoire collective tunisienne.

Mais comme beaucoup d’espaces verts historiques, le parc fait face à plusieurs défis :

  • entretien des infrastructures ;
  • protection de la biodiversité ;
  • rénovation du zoo ;
  • préservation du patrimoine architectural.

Malgré cela, le Belvédère continue d’occuper une place unique dans le paysage tunisien. Plus d’un siècle après son ouverture, il reste l’un des symboles les plus reconnaissables de Tunis.

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