D’une réflexion née en 2002 à un projet mêlant pédagogie, patrimoine scientifique et découverte du monde animal, le Dr Hassen Jerbi raconte la naissance d’un musée pensé pour transmettre autrement les connaissances vétérinaires.
Il y a des projets qui commencent par une ambition institutionnelle. D’autres naissent d’une simple question : « Pourquoi ne pas créer quelque chose qui puisse servir à la fois aux étudiants, aux spécialistes et au grand public ? »
C’est autour de cette idée que le Dr Hassen Jerbi commence, en 2002, à imaginer la création d’un musée au sein de l’École Nationale Vétérinaire de France.
À l’époque, son activité lui laisse davantage de temps pour réfléchir à de nouveaux projets. N’ayant pas d’activité clinique, il choisit de mettre cette disponibilité au service d’une initiative originale : préserver l’histoire de l’enseignement vétérinaire, valoriser la diversité du monde animal et créer un espace capable de rapprocher la science du grand public.
Une idée née au cœur de l’école vétérinaire
Le point de départ du projet est directement lié à l’environnement dans lequel évolue le Dr Hassen Jerbi : l’École Nationale Vétérinaire de France.
Pour lui, une école ne doit pas seulement être un lieu d’apprentissage destiné aux étudiants. Elle peut également devenir un espace de conservation, de transmission et de découverte.
L’idée est alors de construire un musée qui puisse raconter une partie de l’histoire de l’école et présenter différentes facettes du monde animal.
Mais le projet ne s’adresse pas uniquement aux professionnels.
Le musée est imaginé comme un lieu accessible à différents publics : jeunes, adultes, retraités, étudiants, enseignants, chercheurs, vétérinaires et visiteurs curieux.
Cette dimension ouverte au public constitue l’une des caractéristiques essentielles du projet.
De simples collections à un véritable outil pédagogique
La construction du musée s’est progressivement appuyée sur le savoir-faire de plusieurs techniciens et collaborateurs de l’école.
Le travail commence notamment autour de la préparation et de la conservation de pièces anatomiques.
Certaines pièces osseuses sont préparées, séchées et colorées afin de permettre une observation plus claire de leur structure. Ces techniques permettent notamment aux étudiants de mieux comprendre l’anatomie et de visualiser concrètement ce qui est parfois difficile à appréhender uniquement à travers les livres ou les schémas.
La pièce anatomique devient alors un véritable support pédagogique.
Elle permet d’observer, de comparer et de comprendre la constitution du corps animal.
Montrer ce que l’œil ne voit pas
Le projet évolue ensuite avec l’utilisation de techniques permettant de mettre en évidence les réseaux vasculaires et certaines structures internes.
Des injections sont notamment réalisées au niveau des artères et d’autres structures anatomiques afin de rendre visibles des éléments qui ne peuvent pas être facilement observés à l’œil nu.
Cette approche donne une nouvelle dimension au musée.
Il ne s’agit plus simplement de conserver des objets ou des pièces historiques. Il s’agit de faire comprendre le fonctionnement du vivant.
Chaque pièce peut ainsi raconter une histoire : celle d’un organe, d’un système anatomique, d’une espèce ou encore d’une particularité biologique.
La rencontre entre science et art
L’une des particularités du projet imaginé par le Dr Hassen Jerbi réside également dans sa volonté de créer un équilibre entre dimension scientifique, dimension pédagogique et dimension artistique.
La présentation des pièces doit permettre aux étudiants d’apprendre, mais également aux visiteurs de découvrir la beauté et la complexité du monde animal.
L’anatomie peut parfois sembler abstraite lorsqu’elle est présentée uniquement sous forme de schémas ou de textes.
Dans un musée, elle devient concrète.
Le visiteur peut observer les formes, les structures et les différences entre les espèces. La science devient alors une expérience visuelle et culturelle.
Faire découvrir le monde animal autrement
Pour le Dr Hassen Jerbi, l’un des objectifs importants du musée est également de permettre au public de mieux comprendre les animaux qui partagent notre environnement.
Les animaux existent autour de nous : dans les jardins, les forêts, les espaces naturels et parfois dans nos propres maisons.
Mais les observer ne signifie pas nécessairement comprendre leur anatomie ou leur fonctionnement biologique.
Le musée offre une autre porte d’entrée vers cette connaissance.
À travers les collections et les pièces anatomiques, le visiteur peut découvrir ce qui se trouve derrière l’apparence extérieure d’un animal et mieux comprendre la formation de son corps.
Un musée pour apprendre à regarder
Au-delà de la conservation, le projet repose donc sur une véritable volonté de transmission.
Pour les étudiants vétérinaires, les collections peuvent constituer un complément aux enseignements théoriques.
Pour les professionnels, elles peuvent représenter un espace de référence et de mémoire.
Pour les enfants et les familles, elles peuvent devenir une première rencontre avec l’anatomie animale et la diversité du vivant.
Et pour le grand public, le musée permet surtout de regarder autrement un univers souvent présent à proximité, mais rarement observé dans toute sa complexité.
Préserver la mémoire scientifique
La création d’un musée au sein d’une institution scientifique répond également à un autre enjeu : la conservation de la mémoire.
Une école vétérinaire possède une histoire faite d’enseignements, de pratiques, de recherches, de techniques et de générations de professionnels.
Conserver certaines pièces, certains savoir-faire et certaines méthodes permet de transmettre cette histoire aux générations suivantes.
Le musée devient ainsi un lien entre le passé et le présent.
Les techniques évoluent, les connaissances progressent et les méthodes pédagogiques changent, mais les traces de cette évolution restent précieuses.
Une réflexion commencée en 2002
Plus de deux décennies après le début de cette réflexion, le témoignage du Dr Hassen Jerbi rappelle qu’un projet scientifique peut également devenir un projet culturel.
Ce qui commence en 2002 par une idée personnelle évolue progressivement grâce au travail de techniciens et de collaborateurs, à la préparation des collections et au développement de nouvelles approches pédagogiques.
L’ambition reste pourtant la même : préserver, expliquer et transmettre.
À travers ce projet, l’anatomie animale ne reste plus confinée aux salles de cours. Elle devient accessible au regard du visiteur et participe à une démarche plus large de vulgarisation scientifique.
La science comme patrimoine
L’histoire racontée par le Dr Hassen Jerbi pose finalement une question essentielle : comment transmettre la science autrement ?
Un musée peut être une réponse.
En conservant des pièces anatomiques, en valorisant des techniques scientifiques et en ouvrant ces connaissances à différents publics, il devient à la fois un espace de mémoire, un outil pédagogique et un lieu de découverte.
Le projet imaginé en 2002 illustre ainsi une conviction simple : la science n’est pas uniquement destinée aux spécialistes. Elle peut aussi devenir une expérience culturelle, accessible, visuelle et profondément humaine.
Dans son témoignage, le Dr Hassen Jerbi revient sur la naissance de ce projet, les techniques développées et la vision qui a accompagné cette aventure depuis 2002.