À l’automne 2027, la Tunisie pourrait faire entrer l’un de ses symboles majeurs au cœur de la diplomatie mondiale : une exposition consacrée à Farhat Hached au siège des Nations Unies à New York.
L’initiative est portée par sa famille, qui a engagé des démarches auprès du ministère tunisien des Affaires étrangères. L’objectif est clair : marquer le 75e anniversaire de son assassinat, le 5 décembre 1952.
Ce n’est pas un simple hommage. C’est un acte politique au sens noble du terme.
Pourquoi Farhat Hached reste une figure stratégique
Farhat Hached n’est pas seulement le fondateur de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Il est l’un des visages internationaux de la lutte tunisienne pour l’indépendance.
En 1952, il internationalise la question tunisienne. Il porte le dossier devant les Nations Unies, alors que le pays est encore sous protectorat français. La commission onusienne sur la Tunisie s’ouvre le 4 décembre 1952. Hached est empêché par les autorités coloniales de s’y rendre. Il est assassiné le lendemain.
Ce timing a marqué l’histoire diplomatique du pays.
Organiser une exposition sur son parcours au siège même de l’ONU en 2027, c’est boucler la boucle historique.
Enjeux diplomatiques : plus qu’un symbole
Une telle exposition ne se décide pas unilatéralement.
La mission diplomatique tunisienne à New York devra officiellement parrainer la demande auprès des Nations Unies.
Ce point est central.
Au siège de l’ONU, chaque événement culturel ou mémoriel est soumis à validation. Il faut un État membre porteur, un dossier solide, un cadrage historique précis et un contenu conforme aux règles diplomatiques.
En clair :
- Ce projet exige un alignement total entre la famille Hached, le ministère des Affaires étrangères et la représentation tunisienne à New York.
- Il s’inscrit dans une logique de diplomatie culturelle.
- Il repositionne la Tunisie dans le récit historique international.
Une bataille de mémoire dans un contexte géopolitique sensible
L’histoire coloniale reste un sujet diplomatiquement sensible.
Mettre en avant l’assassinat d’un leader syndical tunisien au moment même où la question tunisienne arrivait à l’ONU n’est pas neutre.
Mais le discours porté par Farah Hached, petite-fille du leader syndical, adopte un angle universel : justice, liberté, autodétermination.
Ce cadrage est stratégique.
À l’ONU, la mémoire ne doit pas devenir accusation frontale. Elle doit s’inscrire dans les valeurs fondatrices de l’organisation : paix, droit des peuples, coopération internationale.
Ce que cela représente pour la Tunisie
Si le projet aboutit, l’impact dépasse le simple hommage :
1. Renforcement de l’image internationale
La Tunisie rappelle son rôle historique dans les mouvements d’émancipation du XXe siècle.
2. Diplomatie mémorielle
Les États utilisent de plus en plus l’histoire comme levier d’influence douce (soft power).
3. Consolidation du récit national
Farhat Hached « appartient à tous les Tunisiens ». Le repositionner sur la scène mondiale renforce la cohésion autour d’un symbole consensuel.
2027 : un rendez-vous à ne pas rater
Le 75e anniversaire de l’assassinat de Farhat Hached ne sera pas une date ordinaire.
S’il est commémoré au siège des Nations Unies à New York, ce sera un message clair :
la lutte tunisienne pour l’indépendance n’était pas périphérique, elle faisait partie du mouvement mondial de décolonisation.
La question désormais est simple :
la diplomatie tunisienne transformera-t-elle cette initiative familiale en projet d’État ?