Autrefois symboles de l’essor touristique du pays, certains hôtels tunisiens ne résonnent plus du bruit des valises ni des conversations des vacanciers. Derrière leurs façades désertées se cachent des décennies d’histoire, des milliers d’emplois perdus et une partie de la mémoire du tourisme tunisien.
Pendant plusieurs décennies, la Tunisie a incarné l’une des destinations phares du tourisme méditerranéen. Dès les années 1970, le développement de stations balnéaires comme Hammamet, Sousse, Monastir ou Djerba attire des millions de visiteurs européens. Les grands hôtels se multiplient, les vols charters se succèdent et le secteur devient l’un des piliers de l’économie nationale.
Mais derrière les établissements rénovés et les nouveaux complexes hôteliers, une autre réalité existe. Plusieurs hôtels qui ont marqué l’histoire touristique du pays ont fermé leurs portes. Certains attendent une réhabilitation depuis des années. D’autres sont devenus de véritables friches, figées dans le temps.
L’Hôtel du Lac, l’icône oubliée de Tunis
Impossible d’évoquer les hôtels abandonnés sans commencer par l’Hôtel du Lac.
Inauguré en 1973 au cœur de la capitale, cet établissement est rapidement devenu l’un des symboles architecturaux de Tunis. Avec son imposante silhouette en béton brutaliste dominant le lac de Tunis, il accueillait hommes d’affaires, diplomates et personnalités venues du monde entier.
Après sa fermeture en 2000, le bâtiment est resté inoccupé pendant plus de vingt ans. Malgré plusieurs annonces de réhabilitation et de démolition, il est longtemps demeuré un monument fantôme au cœur de la capitale, devenant l’un des bâtiments abandonnés les plus photographiés du pays.
À Djerba, des hôtels pionniers laissés à l’abandon
L’île de Djerba a été l’un des laboratoires du tourisme tunisien. Dès les années 1960 et 1970, plusieurs établissements participent à la naissance de la destination.
Parmi eux figure l’Hôtel Tanit, considéré comme l’un des pionniers de l’hôtellerie djerbienne. Après des années d’activité, l’établissement ferme progressivement ses portes. Les bâtiments sont aujourd’hui largement dégradés, rappelant une époque où Djerba attirait déjà des milliers de visiteurs européens chaque saison.
Autre exemple emblématique : le Mahé Beach Hotel. Longtemps apprécié pour son emplacement en bord de mer, il est fermé depuis plusieurs années. Les bâtiments ont été progressivement vandalisés, tandis que les jardins et les piscines ont été envahis par la végétation.
Le Club Marmara Zahra, autrefois fréquenté par une clientèle internationale, fait également partie des complexes ayant cessé leur activité, illustrant les difficultés rencontrées par une partie du parc hôtelier historique.
Sousse, entre fermetures et renaissance
À Sousse, certains établissements historiques ont connu un destin similaire.
L’ancien hôtel Abou Nawas Nejma, longtemps considéré comme une référence de l’hôtellerie locale, est resté fermé durant plusieurs années. Son avenir a longtemps été incertain avant l’annonce de projets de réhabilitation.
Son histoire illustre une réalité plus large : tous les hôtels fermés ne sont pas condamnés à disparaître. Certains retrouvent une seconde vie après d’importants investissements, tandis que d’autres restent bloqués par des difficultés financières ou juridiques.
Les hôtels historiques du centre de Tunis
Le phénomène ne concerne pas uniquement les stations balnéaires.
Au centre-ville de Tunis, plusieurs hôtels historiques témoignent également du passage du temps. Le Splendid Hôtel, qui accueillait autrefois voyageurs et visiteurs au cœur de la capitale, est aujourd’hui dans un état de dégradation avancé.
D’autres établissements historiques, comme l’ancien Hôtel International ou l’Hôtel Orient, ont eux aussi connu des périodes de fermeture prolongée ou d’abandon, illustrant les mutations profondes du paysage hôtelier tunisien.
Pourquoi ces hôtels ont-ils fermé ?
La fermeture de ces établissements ne s’explique jamais par une seule raison.
Le vieillissement des infrastructures constitue l’un des premiers facteurs. Construits pour beaucoup dans les années 1970 et 1980, certains hôtels nécessitent aujourd’hui des rénovations extrêmement coûteuses afin de répondre aux standards internationaux.
Les difficultés financières accumulées au fil des années ont également fragilisé plusieurs exploitants.
À cela s’ajoutent les crises successives ayant affecté le tourisme tunisien : la révolution de 2011, les attentats de 2015 qui ont fortement réduit la fréquentation étrangère, puis la pandémie de Covid-19. Pour certains établissements déjà fragiles, ces événements ont marqué un point de non-retour.
Les litiges fonciers, les changements de propriétaires et les procédures judiciaires expliquent également pourquoi plusieurs hôtels demeurent fermés pendant de longues années.
Des bâtiments qui racontent une autre histoire du tourisme
Au-delà de leur état de délabrement, ces hôtels constituent de véritables témoins de l’histoire économique et sociale de la Tunisie.
Ils rappellent l’époque où le pays misait massivement sur le tourisme balnéaire, où de nouveaux complexes sortaient de terre chaque année et où des milliers de Tunisiens trouvaient un emploi dans l’hôtellerie, la restauration ou les services.
Pour les anciens employés, ces bâtiments évoquent souvent des souvenirs de carrières entières. Pour les habitants des régions concernées, ils restent le symbole d’une période de prospérité locale.
Un patrimoine qui mérite d’être repensé
Tous les hôtels fermés ne sont pas destinés à disparaître.
Dans plusieurs pays méditerranéens, d’anciens établissements ont été transformés en résidences, espaces culturels, hôtels de charme ou centres d’affaires. En Tunisie, certains projets de réhabilitation existent également, mais leur concrétisation demeure parfois longue en raison des investissements nécessaires.
À l’heure où la Tunisie cherche à diversifier son offre touristique, ces bâtiments soulèvent une question essentielle : faut-il les démolir, les restaurer ou leur offrir une nouvelle fonction ?
Une chose est certaine : derrière leurs façades silencieuses, ces hôtels racontent une partie de l’histoire du tourisme tunisien. Une histoire faite de succès, de crises, mais aussi d’un patrimoine qui continue de marquer le paysage du pays.