Un marché sous pression qui change de face
L’automobile tunisienne est en train de se réorganiser sous l’effet du pouvoir d’achat, de l’inflation persistante, de la montée du marché parallèle et d’un besoin croissant de mobilité abordable. Résultat : les « voitures populaires » reviennent au centre du jeu en 2025. Et les chiffres ne mentent pas : c’est un boom massif, révélateur de tendances économiques plus profondes.
Un marché en forte reprise : +22 % d’immatriculations en 2025
Selon les chiffres communiqués par la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles, le secteur reprend clairement de la vitesse.
Chiffres clés du marché 2025
- 42 000 véhicules immatriculés sur les huit premiers mois de 2025
(vs. 34 470 sur la même période en 2024 — soit +22 %). - Les voitures de tourisme progressent de 25 000 → 31 000 unités.
- Les véhicules utilitaires montent de 9 200 → 10 500 unités.
Le marché avance grâce au retour de la demande, à une offre plus diversifiée et à la présence de plus de 50 marques automobiles — un niveau inédit pour un marché de cette taille.
Explosion des voitures populaires
Le segment « populaire » est la locomotive de cette reprise.
Des ventes quasi doublées
Les immatriculations de voitures populaires sont passées de :
- 3 678 unités (août 2024)
→ 6 611 unités (août 2025).
Soit une croissance d’environ +80 %, portée par quatre facteurs :
Pourquoi ce boom ? Les garanties économiques derrière les chiffres
- Pouvoir d’achat sous pression
Les ménages tunisien·ne·s arbitrent vers des véhicules moins chers, moins taxés et plus accessibles. - Prix stabilisés malgré l’inflation
Tarif moyen : 29 000 à 35 000 dinars — un niveau stable grâce à des quotas et à des accords d’importation. - Attentes des consommateurs
Les acheteurs veulent du fiable, du simple et du peu coûteux à entretenir. - Crédits automobiles limités
Les banques se montrent prudentes ; les modèles populaires restent les seuls encore réellement finançables.
Le marché parallèle prend plus de place : un problème structurel
La dynamique positive du marché officiel est systématiquement plombée par l’expansion de l’informel.
Poids du marché parallèle
- Part de marché : 29 % → 32 % (2024 → 2025).
- Volume écoulé : 14 000 → 19 423 véhicules.
Cette poussée n’est pas anodine : elle signale des failles réglementaires, des écarts de prix non contrôlés et une traçabilité incertaine des véhicules importés.
Les concessionnaires tirent la sonnette d’alarme
La Chambre nationale appelle à :
- plus de contrôles douaniers,
- un meilleur cadrage fiscal,
- un renforcement de la transparence,
- la protection du consommateur face aux risques (fraude, absence de garantie, historique flou).
Ce que révèle vraiment ce retour des voitures populaires
Le succès massif des voitures populaires en 2025 n’est pas qu’une histoire d’immatriculations : c’est un baromètre social.
Trois signaux forts
- La classe moyenne s’ajuste : elle continue de se motoriser, mais en mode survie économique.
- Le marché tunisien se “ré-homogénéise” : retour vers des véhicules pratiques, simples, low-cost.
- L’État subit la pression : arbitrer entre recettes douanières, attractivité du marché, et régulation du parallèle devient stratégique.
2025 marque-t-il le retour durable des voitures populaires ?
Si la tendance se confirme, la voiture populaire pourrait redevenir la norme en Tunisie.
Mais sans une vraie stratégie pour réduire le marché parallèle et améliorer l’accès au financement, cette dynamique restera fragile.
À ton avis : la voiture populaire va-t-elle redevenir la voiture “par défaut” en Tunisie ?