Comédien, auteur et homme de finance, Issam Ayari possède un parcours qui sort clairement des chemins classiques. Entre le théâtre, l’écriture et le monde financier, il a construit sa carrière autour d’une idée simple : ne pas se laisser enfermer dans une seule identité.
« Je ne sais même pas qui je suis »
Depuis son enfance, Issam Ayari ressent une forte attirance pour l’écriture et le théâtre. Très jeune déjà, il voulait écrire et monter sur scène.
Son parcours académique l’a pourtant conduit vers une autre direction. Il obtient une maîtrise en anglais et aurait pu devenir enseignant. Mais il choisit finalement un chemin différent : celui de la finance.
Un choix surprenant pour quelqu’un issu d’un univers littéraire et artistique.
Issam Ayari le reconnaît lui-même : rien ne le prédestinait au monde financier. Passer de Shakespeare, de la littérature anglaise et de l’univers artistique aux chiffres et à la finance représentait un véritable défi.
Pourtant, il a réussi à faire sa place dans ce secteur.
La découverte du Teatro Studio
C’est en 2004 qu’Issam Ayari découvre le Teatro Studio, peu après sa création.
Cette école de théâtre, fondée notamment par le metteur en scène Tawfik Jebali et la regrettée Zaineb Farhat, représentait pour lui une opportunité importante. L’accès à cet univers ne dépendait pas uniquement d’un diplôme délivré par une école supérieure d’art dramatique.
Il y reçoit une formation qui marque profondément son parcours artistique.
Au fil des années, il travaille avec Tawfik Jebali ainsi qu’avec plusieurs figures du théâtre tunisien. Il collabore également avec Hatem Belhaj et participe à différentes expériences artistiques.
Mais progressivement, Issam Ayari ressent le besoin de créer ses propres œuvres et de développer son propre univers.
L’écriture et la naissance d’un univers personnel
Issam Ayari commence alors à écrire ses propres textes.
Sa première pièce s’intitule Sapiens.
Elle est suivie par Homo Deus, puis par Donald.
Ces trois œuvres forment, selon lui, une sorte de trilogie, même si elles ne racontent pas une seule et même histoire.
À travers ces créations, Issam Ayari développe progressivement ce qui deviendra sa véritable signature : la comédie.
- Sapiens explore l’humain.
- Homo Deus s’intéresse à l’avenir.
- Donald aborde la question du pouvoir.
Mais au-delà des thèmes, un élément relie ces différentes créations : l’humour.
Faire rire, mais pas seulement
Pour Issam Ayari, le succès du théâtre repose avant tout sur la relation avec le public.
Le public vient au spectacle pour vivre une expérience. Et parfois, tout simplement, pour rire.
C’est notamment ce qui explique, selon lui, le succès de la pièce Donald.
Après plusieurs représentations et une expérience grandissante avec le public, son nom commence progressivement à être davantage connu. Son parcours se construit sans chercher à suivre les circuits traditionnels ou à multiplier les apparitions dans tous les festivals.
Issam Ayari affirme d’ailleurs ne pas vouloir courir après les programmations ou attendre indéfiniment des réponses de certains festivals.
Pour lui, une carrière doit pouvoir évoluer naturellement.
Si le public grandit, tant mieux. Si le parcours reste plus modeste, l’essentiel est ailleurs : continuer à créer et être satisfait de son chemin.
Refuser les étiquettes
Stand-up, monodrame, one-man-show…
Issam Ayari ne semble pas particulièrement attaché à ces classifications.
Issu du Teatro Studio et marqué par la formation qu’il y a reçue, il estime néanmoins avoir développé une manière personnelle d’écrire et de jouer.
Pour lui, chaque artiste doit construire sa propre identité.
La véritable question n’est donc pas de savoir dans quelle catégorie ranger une pièce ou un comédien.
La question essentielle est beaucoup plus simple :
Est-ce que ce que vous proposez au public est convaincant ou non ?
Selon lui, le curriculum d’un acteur, son diplôme ou son appartenance à une école ne suffisent pas à déterminer sa valeur.
Ce qui reste finalement dans l’esprit du public, c’est la qualité de ce qu’il a vu sur scène.
La critique, un élément essentiel du théâtre
Issam Ayari accorde également une grande importance à la critique.
Lorsqu’il présente une nouvelle pièce, il s’intéresse aux réactions des critiques spécialisés et aux échanges avec les acteurs du monde théâtral.
Pour lui, le théâtre ne se limite pas à monter sur scène.
C’est aussi un espace de dialogue, de confrontation des idées et d’échange avec le public, les critiques et les autres artistes.
L’humour comme dernière arme
L’un des thèmes centraux de sa vision artistique concerne la place de la satire et de l’humour.
Issam Ayari considère que, face à l’injustice, à la pauvreté, aux guerres et aux différentes formes d’impuissance, le rire peut devenir une arme.
Une arme particulière.
Lorsque l’individu se retrouve incapable de changer directement une situation, la satire peut lui permettre de réagir autrement.
Faire rire ne signifie donc pas forcément éviter les sujets sérieux.
Au contraire, l’humour peut parfois permettre de parler de sujets difficiles avec plus de liberté et de force.
Pour Issam Ayari, la satire reste ainsi l’une des dernières armes de celui qui ne possède pas le pouvoir.
La liberté avant tout
Cette question de la liberté est centrale dans sa vision de l’art.
Issam Ayari défend une idée claire : un artiste doit rester libre.
Libre dans son écriture.
Libre dans ses choix.
Libre dans ce qu’il souhaite dire sur scène.
Il critique également une certaine tendance au conformisme, qui peut pousser les artistes à éviter les sujets sensibles ou à rester dans des cadres rassurants.
Selon lui, l’art perd une partie de sa force lorsqu’il cesse de prendre des risques.
Son message aux jeunes qui se forment dans le domaine du théâtre et des arts est donc simple : préserver leur liberté.
La finance : bien plus que des chiffres
Parallèlement à son parcours artistique, Issam Ayari mène une longue carrière dans le secteur financier.
Un parcours qui peut sembler totalement opposé à celui du théâtre.
Pourtant, lui-même ne voit pas ces deux univers comme incompatibles.
Au contraire.
Selon Issam Ayari, la finance n’est pas uniquement une affaire de calculs.
Elle demande aussi de la créativité.
Après plus de trente ans d’expérience dans le secteur, il estime que trouver le financement d’un projet ou accompagner une entreprise demande une véritable capacité à imaginer, comprendre et raconter.
Pour convaincre un investisseur ou vendre une idée, les chiffres ne suffisent pas toujours.
Il faut aussi être capable de raconter une histoire.
Le théâtre comme atout dans le monde professionnel
Issam Ayari explique que son expérience du théâtre lui a également servi dans sa carrière professionnelle.
Dans le monde des affaires, notamment lorsqu’il faut présenter un projet, convaincre un partenaire ou vendre une idée, la manière de communiquer peut faire toute la différence.
Savoir raconter une histoire.
Savoir captiver.
Savoir présenter une idée.
Autant de compétences qui rapprochent finalement le monde du théâtre et celui de la finance.
Pour lui, l’art et la finance ne sont donc pas deux univers totalement opposés.
Ils peuvent se nourrir l’un l’autre.
Les petites entreprises au cœur de l’économie
Fort de son expérience dans le domaine financier, Issam Ayari porte également un regard critique sur les mécanismes de financement des entreprises.
Il rappelle que les grandes banques ont historiquement joué un rôle important dans le financement des grands groupes et des grands projets économiques.
Mais les petites entreprises ne fonctionnent pas toujours selon les mêmes règles.
Une petite structure ou un entrepreneur ne dispose pas nécessairement de garanties importantes lui permettant d’obtenir facilement un financement bancaire.
C’est dans ce contexte que d’autres solutions ont joué un rôle important, notamment le leasing, la Bourse et le capital-risque.
Pour Issam Ayari, le financement des petites entreprises reste l’une des clés essentielles du développement économique.
Une vision critique du modèle des start-up
Issam Ayari estime également qu’il faut éviter de copier aveuglément des modèles étrangers.
Il critique notamment la manière dont le concept de la start-up est parfois présenté en Tunisie.
Selon lui, l’exemple de la Silicon Valley ne peut pas être reproduit simplement en important des lois ou des concepts.
Derrière les grandes réussites technologiques américaines, il existe tout un écosystème : des investisseurs, des fonds capables de prendre des risques et des financements importants.
Dans ce système, de nombreux projets peuvent échouer avant qu’une seule grande réussite ne permette de compenser les pertes.
Pour lui, la question centrale n’est donc pas simplement de créer davantage de start-up.
Il faut surtout construire un véritable écosystème capable d’accompagner et de financer les projets.
Le prix du double parcours
Mais mener deux carrières en parallèle a également un coût.
Le théâtre demande du temps.
La finance demande du temps.
Et ce temps est souvent pris sur la vie personnelle.
Issam Ayari le reconnaît lui-même : la famille peut parfois devenir celle qui paie le prix de cette double vie professionnelle.
Entre les responsabilités professionnelles et les exigences de la création artistique, il reste parfois moins de temps pour les proches.
Une réalité qu’il ne cache pas.
Issam Ayari, un parcours hors des cases
Le parcours d’Issam Ayari illustre finalement une idée simple : il est possible de ne pas entrer dans une seule case.
Formé à la littérature anglaise, devenu professionnel de la finance, comédien, auteur et créateur de spectacles, il a construit un parcours à plusieurs dimensions.
Le théâtre lui a donné un espace pour s’exprimer.
La finance lui a permis de construire son indépendance.
Et l’humour est devenu son langage.
Entre la scène et le monde des affaires, Issam Ayari continue ainsi de défendre une même idée : ne pas suivre aveuglément les catégories imposées et rester libre de créer son propre chemin.