De Nabeul à l’Amérique du Nord, en passant par la France, le Japon et Singapour, Marwen Kessontini a construit un parcours international dans la recherche et l’intelligence artificielle. Pour ce chercheur et universitaire tunisien, l’IA ne représente pas seulement une révolution technologique : elle constitue aussi un levier de transformation pour l’université, l’économie et la société.
Il existe des parcours qui racontent une réussite personnelle. D’autres racontent surtout une volonté de transmettre, de créer des passerelles et de transformer la connaissance en impact. Celui de Marwen Kessontini appartient clairement à cette seconde catégorie.
Originaire de Nabeul, il s’intéresse très tôt aux études et à la vie universitaire. Élu dans différentes structures universitaires et estudiantines, il s’investit dans la vie académique avant de poursuivre son parcours à l’étranger.
« J’ai toujours réussi à avancer dans mes études à l’université », résume-t-il avec une simplicité qui contraste avec l’ampleur du parcours accompli.
De la Tunisie à l’Amérique du Nord
En 2017, une bourse lui permet de rejoindre la France, où il termine son master. Vient ensuite un choix déterminant : poursuivre un doctorat en France dans le domaine de l’intelligence artificielle ou partir au Canada.
Il choisit finalement l’Amérique du Nord, attiré par la place accordée à la recherche, à l’innovation et aux liens entre universités et entreprises.
Il rejoint alors l’Université de Montréal, où il poursuit ses travaux dans un environnement particulièrement dynamique autour de l’intelligence artificielle.
Cette étape marque un tournant dans son parcours. Il découvre un écosystème où recherche scientifique, industrie, expérimentation et innovation avancent de manière étroitement liée.
Quand l’intelligence artificielle était encore loin du grand public
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est partout : dans les entreprises, les médias, les universités et jusque dans les usages quotidiens. Mais cette visibilité est relativement récente.
Marwen Kessontini a connu une période où l’IA était encore perçue par une grande partie du public comme une technologie lointaine, voire comme un sujet de science-fiction.
Ses travaux de recherche lui permettent pourtant d’observer très tôt le potentiel de ces technologies.
Avec son équipe, il participe notamment au développement de prototypes de robots intelligents capables d’intervenir dans la production de logiciels à grande échelle.
Mais au-delà des performances technologiques, une autre évolution l’intéresse particulièrement : le changement de regard de la société sur l’intelligence artificielle.
Les technologies qui suscitaient autrefois méfiance et scepticisme sont progressivement devenues des outils intégrés aux processus de travail.
Pour lui, cette évolution de la confiance envers les systèmes intelligents constitue l’un des changements majeurs de la dernière décennie.
Un parcours scientifique sans frontières
Après son doctorat au Canada, Marwen Kessontini poursuit un parcours international.
Ses expériences académiques et scientifiques le conduisent à collaborer avec différents environnements universitaires et à intervenir comme professeur invité dans plusieurs pays, notamment au Japon et à Singapour.
Ces expériences lui permettent de comparer les systèmes, les méthodes de travail et les cultures professionnelles.
« Être chercheur aujourd’hui, c’est aussi être un citoyen du monde », estime-t-il.
Pour lui, l’excellence scientifique ne repose pas uniquement sur les infrastructures disponibles. Elle dépend également de la culture de l’innovation, de la capacité à collaborer et de l’état d’esprit qui accompagne la recherche.
Au fil des années, il assume également différentes responsabilités académiques et scientifiques et participe à plusieurs projets de recherche.
Mais derrière les titres et les fonctions, une notion reste centrale dans son discours : l’impact.
« L’université doit être le moteur du développement économique »
Pour Marwen Kessontini, l’université ne peut plus être considérée uniquement comme un lieu où l’on suit des cours et où l’on obtient un diplôme.
Elle doit devenir un espace où se rencontrent chercheurs, entreprises, pouvoirs publics, entrepreneurs et étudiants.
« L’université doit être le moteur du développement économique », défend-il.
Cette vision prend une dimension particulière lorsqu’il évoque la Tunisie.
Le pays dispose d’un important réservoir de compétences, aussi bien parmi ses jeunes diplômés que parmi ses chercheurs installés à l’étranger.
Mais, selon lui, la question ne doit pas être uniquement : comment faire revenir les talents ?
La véritable question est plutôt : quelles opportunités pouvons-nous créer pour leur permettre de contribuer ?
Pour y parvenir, plusieurs conditions sont nécessaires : favoriser l’innovation, faciliter les collaborations entre universités et entreprises, améliorer le financement de la recherche et réduire les obstacles administratifs.
L’objectif est de transformer les compétences en projets, puis les projets en valeur économique.
Ne pas seulement faire revenir les talents, mais leur donner les moyens d’agir
Le débat sur la fuite des compétences tunisiennes à l’étranger est souvent réduit à une seule problématique : comment faire revenir les talents ?
Marwen Kessontini propose une autre approche.
Il ne suffit pas de demander aux compétences de rentrer. Il faut d’abord construire un écosystème capable de les accueillir et de leur permettre d’entreprendre, de collaborer et de développer des projets à dimension internationale.
Cette logique pourrait notamment être appliquée aux grandes villes tunisiennes, avec la création de structures réunissant chercheurs, entreprises, entrepreneurs, jeunes diplômés et institutions autour de l’intelligence artificielle et de l’innovation.
Dans cette réflexion, Nabeul pourrait également avoir un rôle à jouer.
Pour lui, la ville dispose d’atouts qui pourraient en faire un territoire d’expérimentation et d’innovation.
L’IA ne remplacera pas forcément l’humain. Mais l’humain doit évoluer.
L’une des grandes questions liées à l’intelligence artificielle concerne évidemment l’emploi.
Face aux inquiétudes autour de la disparition de certains métiers, Marwen Kessontini adopte une approche pragmatique.
Selon lui, l’IA permet surtout à une personne de réaliser davantage de tâches en moins de temps. L’enjeu n’est donc pas uniquement de savoir quels métiers pourraient disparaître, mais surtout de comprendre comment les professionnels vont apprendre à travailler avec ces nouveaux outils.
Cette transformation concerne également notre rapport au diplôme.
Hier, un diplôme pouvait être considéré comme l’aboutissement d’un parcours. Aujourd’hui, il devient de plus en plus le point de départ d’un apprentissage permanent.
« Chaque fois, il faut apprendre de nouvelles compétences. »
Dans ce nouvel environnement, l’expérience, la capacité à résoudre des problèmes et la maîtrise des outils technologiques prennent une importance croissante.
Mais les compétences techniques ne suffisent pas.
Communication, leadership, créativité, capacité d’adaptation et travail en équipe deviennent également essentielles.
Son conseil aux jeunes : avoir des objectifs clairs
Lorsqu’il s’adresse aux jeunes, Marwen Kessontini ne commence pas par parler d’une technologie particulière ou d’un logiciel à maîtriser.
Son message est beaucoup plus simple : rester serein, avoir des objectifs clairs et faire ce que l’on aime.
Il insiste également sur l’importance des compétences humaines.
Dans un monde où les outils technologiques évoluent à une vitesse considérable, savoir présenter une idée, convaincre, travailler en équipe, diriger un projet ou faire preuve de créativité peut être aussi important que la maîtrise d’un langage informatique.
Il encourage également les jeunes à multiplier les expériences en dehors des cours : clubs, associations, projets, initiatives collectives et activités entrepreneuriales.
Car aujourd’hui, l’apprentissage ne se limite plus aux salles de classe.
Une réussite qui se mesure à l’impact
Au cours de sa carrière, Marwen Kessontini a participé à la création de programmes, de centres de recherche et de différentes initiatives dans les domaines de l’intelligence artificielle et des sciences.
Mais lorsqu’il évoque ses réalisations, il insiste surtout sur les personnes qui ont contribué à ces projets : chercheurs, étudiants, responsables académiques, collaborateurs et partenaires.
Pour lui, la réussite est avant tout collective.
Son parcours illustre également une conviction importante : il est possible d’avoir un impact sur son pays tout en construisant une partie de sa carrière à l’étranger.
La distance ne constitue pas nécessairement une rupture.
Elle peut au contraire devenir un moyen de créer de nouvelles connexions, de partager des connaissances, de développer des collaborations scientifiques et d’ouvrir de nouvelles opportunités.
De Nabeul à l’Amérique du Nord, construire pour transmettre
De Nabeul à l’Amérique du Nord, du monde universitaire tunisien aux environnements de recherche internationaux, Marwen Kessontini a construit un parcours qui dépasse les frontières.
Son histoire rappelle qu’une carrière internationale ne signifie pas nécessairement tourner le dos à son pays d’origine.
On peut partir pour apprendre, évoluer pour construire et revenir pour transmettre.
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme les métiers, les entreprises et notre manière d’apprendre, son message prend une dimension particulière.
Le véritable avantage d’un pays ne réside pas uniquement dans ses infrastructures ou dans ses technologies. Il réside aussi dans sa capacité à créer un environnement où les compétences peuvent se rencontrer, collaborer, innover et créer de la valeur.
Et sur ce terrain, la Tunisie dispose déjà d’une ressource essentielle : ses talents.