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Raouf Gara : à Kélibia, un artiste veut transformer la mémoire du Cap Bon en musée

Par DESCARTES MAGAZINE5 min
Raouf Gara

À Kélibia, le plasticien Raouf Gara porte un projet de musée d’arts plastiques destiné à préserver la mémoire artistique de sa famille et à faire découvrir les créations d’autres artistes du Cap Bon. Installé dans une maison traditionnelle de la vieille ville, ce futur espace culturel pourrait devenir un nouveau lieu de transmission et de valorisation du patrimoine artistique régional.

Une maison familiale pour faire vivre la mémoire artistique

Au cœur de la vieille ville de Kélibia, dans le gouvernorat de Nabeul, une demeure traditionnelle s’apprête à accueillir un projet culturel singulier. Le plasticien tunisien Raouf Gara travaille à sa transformation en musée d’arts plastiques, avec une ambition qui dépasse la simple exposition de tableaux : préserver une mémoire artistique, raconter une histoire familiale et transmettre un patrimoine aux générations futures.

Présenté à l’occasion de l’hommage rendu à l’artiste lors de la cinquième édition de la Foire nationale du livre tunisien, le projet s’inscrit dans une démarche de documentation et de valorisation des œuvres artistiques locales. Raouf Gara souhaite notamment replacer les créations dans leurs contextes historiques et culturels, afin de mieux faire connaître les parcours qui ont marqué la vie artistique de Kélibia et du Cap Bon.

Selon les déclarations de l’artiste à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), les travaux de restauration et d’aménagement du futur musée sont réalisés à hauteur de 60 à 70 %. Toutefois, leur achèvement reste conditionné par la disponibilité des financements et des équipements nécessaires. L’artiste a sollicité l’appui du ministère des Affaires culturelles pour permettre au projet d’aboutir.

Raouf Gara, plus d’un demi-siècle de création inspirée par la mer

Né à Kélibia en 1947, Raouf Gara est un artiste plasticien dont le parcours s’étend sur plus de cinq décennies. Formé à l’École des beaux-arts de Tunis, il a choisi de poursuivre son travail dans sa ville natale, où son atelier Dar Gara pour les Arts se trouve face au port de pêche.

La mer occupe une place centrale dans son univers artistique. Peinture, sculpture et mosaïque constituent autant de moyens d’expression à travers lesquels il explore les formes, les textures et les traces laissées par la nature.

L’artiste ne considère pas le littoral comme un simple paysage à représenter. Il y trouve également des matériaux et des éléments qui nourrissent directement sa création. Des fragments de céramique, des morceaux de bois, des formes naturelles et des traces de l’environnement marin peuvent ainsi être réinterprétés et intégrés à ses œuvres.

Cette approche lui a valu le surnom d’« artiste de la mer », attribué par le plasticien Sami Ben Ameur.

En 2023, Raouf Gara a également reçu le Prix national des arts plastiques, une distinction qui a consacré son parcours et sa contribution à la scène artistique tunisienne.

Une histoire familiale profondément liée aux arts

Le futur musée est également un hommage à l’histoire artistique des familles Gara et Sammoud, dont les activités artisanales et créatives ont marqué la région de Kélibia.

L’un des témoignages les plus remarquables de cette transmission est celui de Mahmoud Gara, père de l’artiste. Issu des métiers traditionnels, notamment de la peinture sur bois, il s’est lancé dans la peinture moderne à l’âge exceptionnel de 99 ans.

Il a poursuivi cette activité jusqu’à sa disparition, à 103 ans, réalisant plus de 700 tableaux selon les informations rapportées par TAP.

Cette expérience illustre une transmission artistique qui ne s’est pas limitée à un seul parcours. Raouf Gara estime qu’entre 50 et 60 membres de sa famille pratiquent aujourd’hui différentes disciplines artistiques.

Dans cette continuité, il prépare également une exposition collective intitulée « Les œuvres de la famille Gara », destinée à mettre en lumière la diversité des créations familiales et leur évolution à travers les générations.

Un musée ouvert sur les artistes du Cap Bon

L’ambition de Raouf Gara ne consiste pas uniquement à préserver les œuvres de sa famille. Le futur musée devrait également accueillir et valoriser les créations d’autres artistes de la région.

Cette orientation pourrait contribuer à mieux documenter l’histoire des arts plastiques dans le Cap Bon, à faire connaître des parcours parfois peu visibles et à créer un espace de rencontre entre patrimoine, création contemporaine et public.

À Kélibia, ville dont l’identité culturelle reste étroitement liée à la mer, aux traditions artisanales et à son patrimoine architectural, le projet ouvre ainsi une perspective intéressante : faire d’une maison familiale un lieu de mémoire artistique vivant.

Un projet culturel encore en attente d’achèvement

Si le chantier est déjà largement avancé, l’ouverture du musée dépend encore de plusieurs conditions matérielles et financières.

La mobilisation des moyens nécessaires constituera donc une étape déterminante pour concrétiser cette initiative. Au-delà de son intérêt pour la famille Gara, le projet pose une question plus large : celle de la préservation des archives artistiques, des œuvres et des savoir-faire qui participent à la mémoire culturelle des territoires tunisiens.

À travers cette initiative, Raouf Gara défend une idée simple : l’art ne doit pas seulement être créé, il doit aussi être conservé, documenté et transmis.

À Kélibia, cette ambition pourrait bientôt prendre la forme d’un nouveau lieu culturel consacré à la mémoire artistique du Cap Bon.

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