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Pourquoi certains Tunisiens changent-ils de nom ? Histoire, identité et ce que dit la loi en Tunisie

Par admin8 min

De prénoms jugés embarrassants aux patronymes hérités de l’histoire, le rapport des Tunisiens à leur nom raconte une partie de l’évolution de la société. Si changer de prénom est possible sous certaines conditions, modifier son nom de famille reste beaucoup plus compliqué. Explications.

Un prénom peut être une fierté, un héritage familial ou un symbole culturel. Mais il peut aussi devenir une source de gêne, de moqueries ou de difficultés au quotidien. En Tunisie, la question du changement de nom et de prénom revient régulièrement dans le débat public, notamment à travers les décisions publiées au Journal officiel de la République tunisienne (JORT).

Le sujet a récemment attiré l’attention après la publication, le 9 octobre 2026, du décret présidentiel n° 2026-255 du 2 octobre 2026, autorisant 584 citoyens tunisiens à changer de prénom. Une décision qui remet en lumière une question essentielle : peut-on réellement choisir ou modifier son identité administrative en Tunisie ?

1959 : quand les Tunisiens ont été appelés à adopter un nom de famille

Pour comprendre cette question, il faut remonter à la période qui a suivi l’indépendance.

Avant la généralisation du système moderne d’identification civile, les pratiques de désignation des personnes pouvaient varier selon les régions et les familles. Certaines personnes étaient identifiées par leur prénom, leur filiation, leur origine géographique, leur métier ou encore un surnom transmis de génération en génération.

En 1959, la loi n° 53 a instauré l’obligation pour chaque Tunisien de disposer d’un nom de famille. Les citoyens devaient déclarer leur patronyme avant le 1er septembre 1959. Des commissions locales ont également été mises en place pour attribuer un nom aux personnes qui n’avaient pas effectué cette déclaration.

Cette opération de généralisation des noms patronymiques a profondément marqué l’état civil tunisien. Elle a parfois entraîné des situations particulières : certaines personnes se sont retrouvées avec un nom familial d’origine et un autre nom attribué par les commissions administratives.

Pour résoudre ces situations, la loi n° 2001-31 du 29 mars 2001 a instauré un certificat de concordance entre le nom d’origine et le nom attribué.

Pourquoi certains Tunisiens souhaitent-ils changer de prénom ?

Les raisons sont multiples et souvent personnelles.

1. Échapper aux moqueries et aux situations embarrassantes

Certains prénoms peuvent avoir une signification particulière dans le dialecte tunisien, être associés à des expressions populaires ou provoquer des plaisanteries. Ce qui peut sembler anodin pour l’entourage peut devenir difficile à vivre pour la personne concernée, notamment pendant l’enfance et l’adolescence.

2. Éviter les confusions

Des prénoms peuvent être difficiles à interpréter, prêter à confusion ou être utilisés aussi bien pour les garçons que pour les filles. Cette ambiguïté peut parfois entraîner des incompréhensions dans les démarches administratives et dans la vie quotidienne.

3. Porter un prénom identique à celui d’un frère ou d’une sœur

La législation tunisienne prévoit également cette situation comme motif de changement. L’objectif est notamment de distinguer clairement les membres d’une même famille dans les documents officiels.

4. Adapter un prénom à l’identité culturelle

Certaines personnes portent un prénom qui n’a pas de consonance arabe ou maghrébine. La loi tunisienne prévoit également cette situation parmi les motifs pouvant justifier une demande de changement.

Derrière ces raisons administratives se trouve parfois une volonté plus profonde : mieux vivre avec son identité, éviter les discriminations et porter un prénom dans lequel on se reconnaît.

584 Tunisiens autorisés à changer de prénom en octobre 2026

Le décret présidentiel n° 2026-255, signé le 2 octobre 2026 et publié au JORT n° 99 du 9 octobre 2026, concerne 584 personnes.

La répartition publiée est la suivante :

  • 393 personnes : prénoms susceptibles de provoquer des moqueries ou d’être considérés comme ridicules.
  • 134 personnes : prénoms pouvant prêter à confusion ou être utilisés pour les deux sexes.
  • 49 personnes : prénoms sans consonance arabe ou maghrébine.
  • 8 personnes : prénoms identiques à ceux d’un frère ou d’une sœur.

Cette décision concerne exclusivement des changements de prénoms et non une modification générale des noms de famille.

Elle illustre surtout la diversité des situations individuelles et l’importance que peut prendre un prénom dans la construction de l’identité personnelle et sociale.

Que dit exactement la loi tunisienne sur le changement de nom ?

Le cadre juridique repose principalement sur la loi n° 64-20 du 28 mai 1964, modifiée par la loi n° 66-29 du 3 mai 1966.

Il faut distinguer deux situations.

1. Changer de prénom : une possibilité encadrée

Tout citoyen tunisien peut demander le changement de son prénom lorsque l’une des conditions prévues par la loi est remplie :

  • Il ne possède pas de prénom arabe ou maghrébin.
  • Son prénom peut provoquer des moqueries ou prêter à confusion par sa signification ou sa prononciation.
  • Il porte le même prénom que l’un de ses frères ou sœurs.

Le changement doit être autorisé par décret. Il ne suffit donc pas de décider personnellement d’utiliser un autre prénom pour que celui-ci soit reconnu dans les documents officiels.

2. Changer de nom de famille : une règle beaucoup plus restrictive

La situation est différente pour le nom patronymique.

Selon les informations publiées par le ministère tunisien de la Justice, une personne ne peut demander le changement de son nom de famille que lorsqu’elle a acquis la nationalité tunisienne.

Autrement dit, un citoyen tunisien de naissance ne dispose pas d’une liberté générale lui permettant de remplacer son nom familial simplement parce qu’il ne l’apprécie pas ou souhaite en adopter un autre.

Cette distinction est fondamentale : la loi encadre le changement de prénom, mais protège beaucoup plus strictement la stabilité du nom de famille.

Comment effectuer une demande de changement de prénom en Tunisie ?

La procédure est administrative et nécessite une autorisation officielle.

La demande doit être motivée et adressée au ministère de la Justice. Le dossier peut notamment comprendre :

  • Une demande écrite expliquant les raisons du changement.
  • Un extrait de naissance.
  • Un bulletin n° 3 du casier judiciaire.
  • Les justificatifs et publications exigés pour la procédure.

La demande est examinée par les autorités compétentes. L’autorisation est ensuite formalisée par un décret publié au Journal officiel.

Une fois le changement autorisé, les documents administratifs concernés doivent être mis en conformité avec la nouvelle identité : extrait de naissance, carte d’identité nationale, passeport et autres documents officiels.

Il est recommandé de vérifier auprès du ministère de la Justice la liste actualisée des pièces, les formalités de publication et les frais applicables avant de déposer un dossier.

Un prénom, bien plus qu’une simple formalité administrative

En Tunisie, comme dans de nombreuses sociétés, le prénom et le nom de famille portent une histoire. Ils peuvent rappeler une région, une famille, une tradition, une origine ou une époque.

Changer de prénom ne signifie pas nécessairement rejeter son histoire familiale ou culturelle. Pour certains, il s’agit simplement de ne plus subir un prénom qui les expose aux moqueries ou de disposer d’une identité qui leur correspond davantage.

L’évolution de la législation et les décisions publiées au JORT montrent que l’identité civile n’est pas totalement figée. Mais le législateur tunisien maintient un équilibre entre le droit individuel à une identité vécue sereinement et la nécessité de préserver la stabilité de l’état civil.

Finalement, peut-on choisir son nom en Tunisie ? On peut, dans certaines circonstances précises, demander à changer de prénom. Pour le nom de famille, les possibilités restent beaucoup plus limitées. Une distinction juridique qui rappelle que le nom n’est pas seulement une affaire de préférence personnelle : il est aussi un élément de filiation, de mémoire et d’identité collective.

Sources documentaires

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