Il était « Le Chef ». Un surnom devenu presque un nom, associé à une génération, à un style de jeu et à une certaine idée du handball à Nabeul. Moncef Ben Amor n’est plus. Avec lui disparaît l’une des figures emblématiques du handball nabeulien et tunisien. Mais son souvenir, lui, restera bien vivant.
À Nabeul, certains noms appartiennent à la mémoire collective. Celui de Moncef Ben Amor en fait incontestablement partie.
Tout le monde l’appelait « Le Chef », un surnom hérité de son défunt père, célèbre cafetier du centre-ville de Nabeul. Un surnom qui lui allait finalement à merveille : sur un terrain comme dans un vestiaire, Moncef Ben Amor était un meneur, un organisateur et un homme de caractère.
Mais s’il devait rester une image de lui dans la mémoire des amateurs de handball, ce serait sans doute celle de son fameux « retourné », cette spectaculaire « noria » devenue sa signature.
Le « retourné », sa marque de fabrique
À une époque où le handball tunisien se construisait encore, Moncef Ben Amor avait développé un geste aussi spectaculaire que difficile à exécuter.
Le retourné était chez lui une affaire de style.
Il ne s’agissait pas simplement de puissance. Il y avait le timing, l’élégance, la précision et surtout cette capacité à transformer un geste technique en véritable spectacle.
Ses anciens coéquipiers et adversaires s’en souviennent encore. Dans une interview publiée par La Presse, il est présenté comme le « Monsieur-retourné » du handball tunisien, tant ce geste avait fini par devenir sa marque de fabrique.
Et souvent, le scénario était le même : retourné… et but !
Même des années plus tard, ce geste continuait de symboliser une époque où le handball nabeulien était réputé pour son jeu spectaculaire, rapide et inventif.
Le Stade Nabeulien, une histoire de vie
Moncef Ben Amor a consacré une grande partie de sa carrière au Stade Nabeulien, son club de toujours.
Dans les années 1960 et 1970, le club était l’un des grands pôles du handball tunisien. Nabeul vivait alors au rythme de cette discipline. Les rencontres attiraient des spectateurs venus de tout le Cap Bon, mais aussi de Tunis et d’autres régions.
Le Stade Nabeulien proposait un handball particulier : rapide, technique, spectaculaire et audacieux. Ses joueurs mettaient en œuvre des combinaisons tactiques comme le « Huit », le « Petit train » ou encore la « Fenêtre ».
Moncef Ben Amor était au cœur de cette aventure.
Il fut décrit par ses anciens partenaires comme l’un des meilleurs organisateurs du pays et un meneur d’hommes exceptionnel.
Son influence dépassait donc largement le simple rôle de joueur.
International tunisien et génération historique
Moncef Ben Amor appartient également à une génération qui a écrit plusieurs pages importantes de l’histoire du handball tunisien.
Il a porté le maillot national et participé aux Jeux méditerranéens de Tunis en 1967, où la Tunisie a remporté la médaille de bronze.
La même année, il faisait partie de la sélection tunisienne engagée au premier championnat du monde de handball disputé par la Tunisie, en Suède, compétition au cours de laquelle la sélection tunisienne a terminé à la 15e place.
Cette génération a ainsi contribué à installer progressivement la Tunisie sur la carte internationale du handball.
Du joueur au technicien
Mais l’histoire de Moncef Ben Amor ne s’est pas arrêtée avec sa carrière de joueur.
Après avoir marqué les parquets par son talent, il s’est également distingué comme entraîneur et technicien.
Il a dirigé plusieurs associations sportives en Tunisie et dans les pays du Golfe, mettant au service des générations suivantes son expérience, sa rigueur et sa connaissance du jeu.
Son passage au Stade Nabeulien comme technicien reste notamment associé à une période importante de l’histoire du club. Au début des années 1990, le SN, dirigé par Moncef Ben Amor, avait retrouvé l’élite du handball tunisien.
Cette double expérience — joueur puis entraîneur — lui a permis de transmettre une conception du handball fondée sur la discipline, la technique, le collectif et le plaisir du jeu.
Une rigueur professionnelle derrière une grande bonhomie
Ceux qui l’ont connu décrivent un contraste qui faisait partie de sa personnalité.
Sur le terrain et dans le coaching, Moncef Ben Amor était rigoureux, exigeant et sérieux.
Dans la vie, il était tout autre.
Bon vivant, chaleureux, amateur de plaisanteries, il aimait taquiner son entourage et avait toujours un mot pour faire sourire.
C’était aussi un homme profondément attaché à sa ville et à son club.
Dans une interview accordée à La Presse, il expliquait vouloir voir le Stade Nabeulien retrouver son lustre d’antan et défendait notamment l’idée de donner davantage de place aux joueurs issus du cru.
Cette volonté résumait une partie de sa philosophie : faire confiance aux jeunes, former localement et préserver l’identité du handball nabeulien.
« Le Chef » restera dans l’histoire du handball nabeulien
En décembre 2023, à l’occasion du 87e anniversaire du Stade Nabeulien, le club avait rendu hommage à Moncef Ben Amor, présenté comme l’une de ses grandes figures et comme une légende du handball tunisien.
Cet hommage témoignait déjà de la place particulière qu’il occupait dans la mémoire du club.
Aujourd’hui, alors que « Le Chef » tire sa révérence, c’est toute une époque qui semble s’éloigner.
Une époque où les parquets de Nabeul vibraient pour le handball, où les grands clubs venaient affronter le Stade Nabeulien et où les joueurs pouvaient devenir, par leur talent et leur personnalité, de véritables personnages de la mémoire populaire.
Moncef Ben Amor en était l’un des visages.
Il restera celui du « retourné », celui du meneur de jeu, de l’international, du technicien, mais aussi celui d’un Nabeulien profondément attaché à son club et à sa ville.
Le Chef est parti.
La légende, elle, reste.
À sa famille, à ses proches, à ses anciens coéquipiers, à ses élèves et à toute la grande famille du Stade Nabeulien, DESCARTES Magazine adresse ses sincères condoléances.
Repose en paix, Si Moncef.

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