La Tunisie s’apprête à entamer une nouvelle campagne oléicole dans un contexte particulier. Après une saison 2025-2026 exceptionnelle, marquée par une production nationale de 500 000 tonnes d’huile d’olive, le secteur doit désormais relever plusieurs défis : accompagner les agriculteurs, préserver la qualité du produit, maîtriser les capacités de stockage et renforcer la présence de l’huile tunisienne sur les marchés internationaux.
La campagne 2026-2027 s’annonce ainsi comme une étape importante pour l’une des principales filières agricoles et exportatrices du pays.
Une saison précédente exceptionnelle pour l’huile tunisienne
Les chiffres présentés lors du Conseil ministériel restreint du 23 octobre 2026 témoignent de la performance enregistrée par le secteur.
La production nationale d’huile d’olive a atteint 500 000 tonnes durant la campagne 2025-2026, contre une moyenne de 303 000 tonnes au cours des cinq saisons précédentes, soit une progression de 65 %.
Les exportations ont également connu une évolution remarquable. Elles ont atteint 399 000 tonnes à fin septembre 2026, en hausse de 89 %, avec des prévisions de 415 000 tonnes pour l’ensemble de la campagne.
Autre évolution importante : les exportations d’huile d’olive conditionnée ont atteint 60 000 tonnes, soit le double de la saison précédente. Cette progression représente un signal encourageant pour la valorisation du produit tunisien.
2026-2027 : des perspectives différentes selon les régions
Si la saison précédente a été particulièrement favorable, les premières estimations pour 2026-2027 montrent que la production pourrait connaître un recul dans certaines régions.
À Sfax, l’une des principales zones oléicoles du pays, la récolte devrait débuter le 4 novembre 2026 et se poursuivre jusqu’au 31 mars 2027.
Les estimations des services agricoles régionaux font état d’une production d’environ 275 000 tonnes d’olives, correspondant à près de 57 000 tonnes d’huile. Cela représente une baisse d’environ 50 % par rapport à la saison précédente.
Cette diminution est notamment attribuée à l’alternance biologique de production des oliviers, aux faibles précipitations et aux épisodes de sécheresse.
À Mahdia, les prévisions pour la campagne 2026-2027 tablent sur une production de 110 613 tonnes d’olives, soit un volume estimé à 22 122 tonnes d’huile d’olive.
Le gouvernement annonce plusieurs mesures pour soutenir la filière
Face aux enjeux de la nouvelle campagne, le gouvernement a annoncé, lors du Conseil ministériel du 23 octobre, une série de mesures destinées à accompagner les producteurs et à stabiliser le marché.
Parmi les principales décisions figurent :
- Une enveloppe de 150 millions de dinars destinée à soutenir le rôle régulateur de l’Office national de l’huile dans l’achat de la production.
- Des crédits de 20 millions de dinars en faveur des petits agriculteurs, à travers la Banque tunisienne de solidarité.
- Un programme de stockage pouvant atteindre 60 000 tonnes d’huile d’olive chez les opérateurs du secteur, sur une période de trois mois.
- Le renforcement des capacités de stockage de l’Office national de l’huile, portées à 100 000 tonnes.
- Une augmentation de 50 % à 60 % de la prime de transport maritime pour l’huile conditionnée.
Le gouvernement prévoit également, dans le cadre du projet de loi de finances 2027, une ligne de financement de 100 millions de dinars pour la période 2027-2030, destinée notamment aux petits agriculteurs et aux professionnels de la filière oléicole
Le véritable défi : vendre davantage d’huile tunisienne sous sa propre marque
Au-delà des volumes de production et d’exportation, une question stratégique se pose : comment permettre à la Tunisie de tirer davantage de valeur de son huile d’olive ?
Aujourd’hui, une grande partie de l’huile tunisienne est exportée en vrac. Selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture rapportées par Olive Oil Times, 85,5 % des volumes exportés durant les dix premiers mois de la campagne 2025-2026 ont quitté le pays sous cette forme.
Cette situation limite les possibilités de valorisation commerciale du produit tunisien. Une partie de cette huile peut ensuite être conditionnée, mélangée ou commercialisée sous des marques étrangères.
À l’inverse, l’huile conditionnée représente une opportunité pour développer les marques tunisiennes, renforcer leur visibilité et capter une plus grande part de la valeur ajoutée sur les marchés internationaux.
La diversification des marchés, le développement du conditionnement et la construction d’une véritable identité internationale autour de l’huile d’olive tunisienne deviennent donc des priorités. Olive Oil Times
Une filière stratégique pour l’économie tunisienne
L’huile d’olive ne représente pas seulement un produit agricole emblématique. Elle constitue également un levier important pour les exportations, l’emploi rural et le développement économique de nombreuses régions tunisiennes.
La campagne 2026-2027 sera donc déterminante. Entre les variations climatiques, les besoins de financement des producteurs, la gestion des stocks et les exigences des marchés internationaux, le secteur devra trouver un équilibre entre production, qualité et rentabilité.
L’enjeu pour la Tunisie ne consiste plus uniquement à produire davantage d’huile d’olive, mais aussi à mieux la valoriser, à développer ses propres marques et à faire reconnaître son origine et sa qualité à l’échelle internationale.
Sources: . بوابة الحكومة التونسية – News Tunisia

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