Entre engagement citoyen, préservation du patrimoine, agriculture et développement local, l’action associative peut devenir un véritable moteur de transformation des territoires. Dans cet entretien accordé à Descartes.tn, Samir Karkeni revient sur une expérience fondée sur le bénévolat, la mobilisation des compétences et la recherche de partenariats pour faire émerger des projets concrets au service de la communauté.
L’engagement associatif comme acte citoyen
Pour Samir Karkeni, s’engager dans une association signifie avant tout donner de son temps et de ses compétences au service de l’intérêt collectif.
Loin d’une logique de rémunération, l’action associative repose, selon lui, sur une conviction : celle de pouvoir contribuer, à son échelle, à l’évolution du pays.
« L’Assemblée vous enseigne le travail pour notre pays sans remboursement. C’est la participation active et c’est la réelle lutte. »
Cette philosophie constitue le socle de l’action menée sur le terrain. Malgré des moyens financiers limités et l’absence d’un budget fixe, les initiatives peuvent voir le jour grâce à l’implication des membres, mais aussi à la mobilisation de partenaires et de sponsors, en Tunisie comme à l’étranger.
L’objectif est ainsi de construire des projets durables à partir des ressources disponibles, plutôt que de considérer le manque de moyens comme un obstacle définitif.
Du patrimoine aux produits du terroir : préserver en créant
L’action de l’association ne se limite pas à la sauvegarde du patrimoine au sens traditionnel. Elle cherche également à créer des passerelles entre patrimoine, agriculture, artisanat, innovation et économie locale.
Parmi les sujets évoqués figure notamment la valorisation de l’asperge et des produits du terroir. L’idée est de considérer les ressources locales non seulement comme un héritage à préserver, mais aussi comme une opportunité de développement.
Samir Karkeni évoque également des collaborations possibles entre différents univers professionnels. L’artisanat, le design, l’agriculture ou encore certaines professions de santé peuvent, selon lui, s’inspirer des formes, des motifs et des éléments issus de l’environnement naturel et culturel tunisien.
Cette approche permettrait de donner une nouvelle vie à des références traditionnelles en les intégrant dans des créations contemporaines.
Darnabel : quand l’université vient à la rencontre du territoire
Parmi les projets évoqués au cours de l’entretien, celui consacré à Darnabel occupe une place particulière.
Le projet s’inscrit dans une démarche de recherche, de cartographie et de réflexion autour de l’aménagement et du développement agricole du territoire. Il associe notamment des établissements universitaires, dont l’École Nationale d’Ingénieurs de Sousse et une école d’ingénieurs de Rouen.
Près de 220 étudiants, ingénieurs et chercheurs seraient ainsi impliqués dans différentes étapes du travail de terrain, avec l’objectif de développer des démonstrations et de contribuer à une réflexion sur la restructuration agricole.
Cette dimension universitaire apporte une approche différente aux problématiques locales : observer le territoire, analyser ses ressources, comprendre son histoire et imaginer des solutions à partir de données et de recherches.
Des conférences et rencontres scientifiques viennent également compléter cette démarche, avec la participation d’experts et de chercheurs invités à apporter un regard nouveau sur les origines et les spécificités patrimoniales du territoire.
FAO, gastronomie et partenariats : créer un modèle gagnant-gagnant
Pour financer ses projets, l’association privilégie une logique de partenariat plutôt qu’une dépendance systématique aux subventions.
L’un des exemples évoqués concerne la collaboration avec la FAO, autour de thématiques liées à la souveraineté alimentaire et à la valorisation et la commercialisation des productions locales.
Autre initiative originale : le projet autour de la Pizza Internationale.
Derrière l’événement culinaire se trouve une volonté plus large : réunir différents acteurs économiques autour d’un projet capable de générer de la visibilité, de créer des opportunités et de contribuer au financement d’autres actions.
Des entreprises peuvent ainsi intervenir dans différents domaines — farine, thym, riz, tomates ou autres produits — tandis que l’événement devient un espace de rencontre entre acteurs économiques, producteurs et public.
Le principe est simple : créer de la valeur pour les partenaires tout en permettant à l’association de développer ses propres projets, sans faire reposer l’ensemble de l’effort financier sur les ressources publiques.
Sidi Souleymane : restaurer un lieu, mais aussi reconstruire du lien social
La sauvegarde du patrimoine prend une dimension particulièrement humaine lorsqu’elle concerne des lieux habités et des quartiers fragilisés.
Samir Karkeni revient notamment sur le travail réalisé autour de la Zaouïa, ou Maqam, de Sidi Souleymane, dans le quartier de Loutil.
Après plusieurs décennies de dégradation et de fermeture progressive du quartier sur lui-même, une intervention a été engagée afin de redonner vie au site.
Mais la démarche n’a pas été uniquement architecturale.
Deux familles vivant dans une situation de grande vulnérabilité sociale et psychologique ont notamment été accompagnées et relogées dans des conditions dignes.
Le site a ensuite fait l’objet de travaux de rénovation et d’aménagement afin de devenir un espace accessible à la communauté, avec un club, des chaises et des espaces d’accueil permettant aux citoyens de se retrouver et d’échanger.
L’expérience montre qu’une opération de restauration patrimoniale peut aussi devenir un projet de cohésion sociale.
Un patrimoine qui reste largement à sauver
Pour Samir Karkeni, Sidi Souleymane n’est qu’un exemple parmi de nombreux sites nécessitant encore des interventions.
Les besoins concernent notamment la restauration de toitures à Azouz, mais aussi différents sites à Tastour, Kélibia et dans d’autres territoires.
La sauvegarde du patrimoine nécessite cependant des moyens importants et surtout une continuité dans l’action. Restaurer un bâtiment historique ne peut pas être considéré comme une opération ponctuelle : l’entretien, la surveillance et la valorisation du site nécessitent également des ressources humaines et financières sur le long terme.
D’où l’importance, selon lui, de mobiliser les compétences disponibles et de créer des partenariats capables d’accompagner les projets dans la durée.
« La porte est ouverte » : faire de l’association un espace de participation
Au-delà des projets déjà réalisés, Samir Karkeni défend une conception ouverte de l’action associative.
L’association doit pouvoir accueillir les idées, les critiques et les propositions, qu’elles viennent d’experts, de professionnels, d’artisans ou simplement de citoyens souhaitant contribuer à la vie de leur territoire.
Cette ouverture constitue également un appel aux compétences.
Agriculteurs, artisans, ingénieurs, architectes, chercheurs, designers ou citoyens disposant d’un savoir-faire particulier peuvent apporter leur contribution aux différents projets.
L’ambition est finalement de créer un espace où les compétences se rencontrent et où l’engagement individuel peut se transformer en action collective.
Un engagement qui dépasse le cadre associatif
À travers le témoignage de Samir Karkeni, une conviction se dessine : le développement local ne dépend pas uniquement des institutions. Il peut également émerger de la société civile, des associations, des entrepreneurs, des universitaires, des artisans et de tous ceux qui acceptent de consacrer du temps et des compétences à leur territoire.
Préserver un monument, valoriser un produit agricole, accompagner une famille, organiser un événement ou faire travailler ensemble des étudiants et des acteurs locaux sont autant de manières de participer concrètement à la transformation du pays.
Pour rejoindre les initiatives ou proposer une contribution, l’Assemblée met à disposition un contact direct :
Téléphone / WhatsApp : +216 98 300 810
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